Boire de l’eau pendant la Tékoufa

> Introduction

Nos Sages divisent l’année solaire en quatre périodes (Téqoufot), qui correspondent aux quatre saisons (avec un décalage de treize à dix-neuf jours par-rapport aux saisons civiles): la tékoufa de Nissane correspond au printemps, celle de Tamouz à l’été, celle de Tichri à l’automne, et enfin celle de Tévèt à l’hiver. Chaque tékoufa (période) dure quatre-vingt-onze jours et sept heures et demi ; les quatre périodes font donc un total de trois cent soixante-cinq jours et six heures. Le début de chaque période est également désigné sous le nom de tékoufa, et c’est à cette signification que nous faisons référence dans le présent chapitre.

1. Il faut s’abstenir de boire de l’eau au moment de la tékoufa, car à cet instant, l’autorisation est donnée aux esprits malfaisants de régenter l’eau ; boire de l’eau à ce moment représente donc un danger. Tel était l’usage répandu dans toutes les communautés juives, ainsi que le témoignaient déjà les “Géonim”, il y a plus de mille ans. De grands maîtres ont rapporté avoir vu et entendu de nombreux cas de personnes ayant souffert d’un gonflement du ventre après avoir bu de l’eau pendant la tékoufa, duquel certains ont guéri, et d’autres en sont décédés, que Dieu nous en préserve. Et qui sait combien de maladies sont apparues dans notre génération à cause d’un manque de vigilance dans ce domaine…

2. L’usage à Jérusalem était de payer un bedeau spécifiquement désigné pour la proclamation de la tékoufa. Il devait faire le tour des maisons pour proclamer le jour et l’heure exacte de la tékoufa, afin que les gens soient avertis et ne boivent pas d’eau à ce moment-là. Dans les autres villes, la coutume était que, le chabbat précédant la tékoufa, l’officiant annonce à la synagogue le jour et l’heure de cette dernière, après la lecture de la Torah. Il convient de restaurer cet usage dans chaque endroit, d’annoncer en public après la lecture de la Torah quand tombera la tékoufa, et rappeler qu’il ne faut pas boire d’eau à ce moment-là. Il convient également de l’indiquer dans tous les calendriers. (Cela figure dans le calendrier de la Yéchiva de “Kissé Ra’hamime”, ainsi que dans d’autres calendriers).

3. Le calcul de la tékoufa se fait selon l’année solaire et non selon les mois lunaires. Ainsi elle n’a pas une date fixe dans le calendrier hébraïque, mais seulement dans le calendrier grégorien, en l’occurrence:

• La tékoufa de Nissane tombe le sept ou huit avril.• La tékoufa de Tamouz, le huit juillet.• La tékoufa de Tichri, le sept ou le huit octobre.• La tékoufa de Tévèt, le six ou le sept janvier.• De toute manière, on consultera à chaque fois le calendrier pour connaitre l’heure exacte de la tékoufa.

4. D’après la loi stricte, le moment en question ne dure qu’un court instant. Cependant, l’usage est de se montrer plus strict et de ne pas boire d’eau dans les demi-heures précédente et suivante, et tel est l’avis de notre maître le Richone létsiyone Rav ‘Ovadia Yossef. Tel était également l’usage à Tunis et Djerba pour les Téqoufot de Tichri et de Nissane. Quant aux Téqoufot de Tévèt et de Tamouz, la coutume à Tunis était de s’abstenir une heure avant et une heure après ; à Djerba, l’usage était de faire durer chaque tékoufa trois heures. (Dans le calendrier de la Yéchiva, l’horaire inscrit est calculé selon l’usage intermédiaire, c’est-à-dire une heure avant et une heure après).

5. L’interdiction de boire s’applique sur l’eau uniquement ; toutes les autres boissons sont autorisées, même une boisson essentiellement à base d’eau, si elle a été préparée avant la tékoufa. On a également l’usage de permettre de l’eau qui a été bouillie avant la tékoufa.

6. Même une fois la tékoufa terminée, il ne faut pas boire de l’eau qui était "isolée" pendant la tékoufa, c’est-à-dire contenue dans un récipient. Même une eau qui était au réfrigérateur devra être renversée. On peut toutefois boire de l’eau qui était congelée pendant la tékoufa, ainsi que de l’eau minérale qui était dans une bouteille scellée.

7. Si on a déposé un morceau de fer, comme un clou par exemple, à l’intérieur de l’eau avant la tékoufa, on pourra boire de cette eau par la suite.

8. Si on a utilisé par mégarde une eau qui est devenue interdite par la tékoufa comme ingrédient pour la cuisson d’un plat ou d’une soupe, on pourra à postériori consommer ce plat.

9. Si on est invité après la tékoufa chez une personne qui nous offre de l’eau à boire, il n’est pas nécessaire de s’enquérir auprès de son hôte si cette eau a été remplie avant ou après la tékoufa.

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