La cuisson le chabbat

>> Parmi tous les trente-neuf travaux interdits le chabbat, l’interdit de cuire et celui de trier en sont les plus courants. En effet, tous ont soin de prendre leur trois repas du chabbat, et se trouvent confrontés, durant leurs divers préparatifs, à une multitude de cas où des questions relatives à ces travaux se posent, et le risque d’erreur est grand. Une personne qui n’a pas étudié correctement ces lois risque de manière quasi-certaine d’enfreindre chaque chabbat plusieurs interdictions de la Torah. C’est pourquoi, nous avons jugé utile de consacrer un chapitre entier à chacun de ces deux interdits.

1. Celui qui cuit pendant chabbat un corps cru qui n’a jamais subi de cuisson, même s’il ne le cuit que partiellement, transgresse un interdit de la Torah dès que cette cuisson le rend comestible, ce qui équivaut au tiers ou à la moitié d’une cuisson normale.

2. A l’inverse, il est aussi interdit par la Torah de continuer, même un peu, la cuisson d’un aliment cuit partiellement. Par conséquent, celui qui, avant l’entrée du chabbat, a posé une marmite ou un aliment qui n’étaient pas entièrement cuits au bord de la plaque électrique, n’aura pas le droit pendant chabbat de les rapprocher au centre de la plaque, car la chaleur à cet endroit est plus intense, et l’aliment cuit plus vite. De même, s’il a soulevé le couvercle de la marmite et a constaté que le plat n’est pas entièrement cuit, il lui sera interdit de reposer le couvercle, car il active par-là la cuisson.

3. Aucune distinction n’est faite entre le mode de cuisson: faire bouillir, griller, frire ou fumer”, toutes ces actions sont comprises dans l’interdit de cuire le chabbat. Ainsi, il est interdit de déposer pendant chabbat une tomate sur une plaque, puisqu’elle va griller.

4. Celui qui chauffe pendant chabbat de l’eau ou toute autre liquide, jusqu’à lui faire atteindre la température de “yad solédète bo” transgresse l’interdit de la Torah de cuire”.[“Yad solédète bo “signifie littéralement: "dont la main se retire", c’est-à-dire que la température est suffisamment élevée pour qu’une personne qui y porte la main, la retire par reflexe.]

5. Il est interdit mettre une serviette ou un vêtement mouillés (par de l’eau ou un autre liquide) à sécher à côté d’une source de chaleur s’ils y atteignent la température de “yad solédète bo”, car cela revient à cuire l’eau imprégnée dans le linge. Il est par ailleurs interdit de les étendre (même loin du feu) comme on étendrait une lessive mouillée, car il semblerait alors qu’on les ait lavés le jour du chabbat.

6. Il est permis de réchauffer légèrement de l’eau froide en la plaçant à côté d’une source de chaleur jusqu’à ce qu’elle devienne tiède, à condition de la placer à une distance suffisante pour qu’elle ne puisse jamais atteindre la température de “yad solédète bo”. Mais il sera interdit de la placer à un endroit où elle puisse atteindre le “yad solédète bo”, même si on reste à côté, prêt à la retirer avant qu’elle n’atteigne cette température.

7. Cependant, pour de l’eau, du lait ou une autre boisson qui ont déjà été chauffés à la température de “yad solédète bo” avant chabbat et qui se sont refroidis, on pourra se montrer moins strict en cas de besoin extrême, comme pour un malade ou un bébé ; il sera alors permis de la mettre à chauffer même à un endroit où elle peut atteindre la température de “yad solédète bo”, tout en veillant scrupuleusement à ce que cette température ne soit pas atteinte.

8. Ainsi, une purée (qui a été préparée avant chabbat avec de l’eau bouillante) ou une soupe qui ont refroidi, pourront être réchauffées pour un bébé ou pour un malade (en les posant sur une bouilloire, par exemple), à condition qu’on surveille qu’elles n’atteignent pas le “yad solédète bo”. Il sera toutefois interdit de poser tout aliment à réchauffer directement sur le feu ou la plaque de cuisson, même lorsqu’il n’y aucun risque de cuisson, comme pour un feuilleté déjà cuit par exemple (quant à le poser sur une plaque de chabbat, cf. supra paragraphe 43).9. Pour la mesure de “yad solédète bo”, on compte trois avis: certains disent que c’est la chaleur à partir de laquelle un homme moyen ne peut pas poser son doigt et l’y maintenir, même un instant ; d’autres pensent que c’est la chaleur au contact de laquelle la peau d’un bébé au niveau du ventre subit une brûlure ; un dernier avis enfin soutient que c’est la température à laquelle un homme s’abstient de manger ou boire d’une traite. Ce troisième avis correspond à le température la plus basse.

10. Concrètement, on doit se montrer strict et se conformer à tous les avis. C’est pourquoi, si on veut réchauffer de l’eau ou un autre liquide à proximité du feu, on doit les placer à une distance telle qu’ils ne puissent atteindre la température à laquelle on ne pourrait plus les boire d’une traite (qui est évaluée à environ 45 °C). Par contre, quand il s’agit de remettre le chabbat un plat (entièrement cuit) contenant de la sauce sur la plaque, on exige que ce plat soit à une température minimale telle qu’un homme ne puisse y maintenir son doigt.

11. Une chaleur créée à partir d’un courant électrique est soumise aux mêmes règles que le feu, pour tout ce qui est relatif à la cuisson le chabbat. Il est donc interdit de faire cuire un aliment le chabbat sur une plaque de cuisson, dans un four ainsi que tout autre appareil dont la chaleur est générée à l’aide d’un courant électrique. Il est de même strictement interdit de cuire à l’aide du micro-ondes, au même titre que sur un feu classique.12. Tout comme il est interdit de cuire directement sur le feu pendant chabbat, de même est-il interdit de cuire à l’aide d’un corps chauffé par le feu (en hébreu “toledote haour”). Par exemple, il est interdit de cuire un aliment dans une eau qui a bouilli sur le feu, même si le feu est à présent éteint. Ainsi, celui qui a retiré la bouilloire de dessus la plaque, n’a pas le droit d’y ajouter de l’eau froide, tant que la température de l’eau chaude est supérieure à “yad solédète bo”.

13. De même, celui qui avant chabbat a mis en marche le chauffe-eau électrique puis l’a éteint, ne pourra pas utiliser l’eau chaude pendant le chabbat, tant que la température de l’eau contenue dans le chauffe-eau est supérieure à “yad solédète bo”. En effet, en ouvrant le robinet d’eau chaude, on provoque une entrée d’eau froide dans le chauffe-eau, qui est alors réchauffée par l’eau chaude qui s’y trouve. (Il faut faire attention, si on dispose d’un robinet mitigeur, de laisser constamment le manche bien à droite. Afin d’éviter tout problème, il est recommandé de fermer l’arrivée centrale d’eau chaude à la maison). [Un chauffe-eau fonctionnant au gaz ou fioul, individuel ou collectif, est toujours interdit à l’utilisation pendant le chabbat.]

14. Celui qui, par erreur, a ouvert le robinet d’eau chaude pendant le chabbat, n’a pas le droit de le refermer aussitôt ; il devra attendre que toute l’eau chaude (à température de “yad solédète bo”) finisse de s’écouler, pour pouvoir le refermer. Ceci est valable lorsque que le chauffe-eau est éteint ; mais s’il est resté allumé, il est interdit de fermer le robinet jusqu’à la sortie du chabbat. On peut toutefois permettre de le refermer par l’intermédiaire d’un non-juif. Le mieux à faire est d’éteindre le chauffe-eau avant chabbat et de faire écouler toute l’eau chaude jusqu’à obtenir une eau de température inférieure à “yad solédète bo”, afin d’éviter tout problème, surtout en hiver où on utilise régulièrement l’eau chaude.

15. Tous ces interdits concernent une eau chauffée par un chauffe-eau fonctionnant à l’électricité ou avec une flamme (gaz, fioul). Par contre, il sera permis d’utiliser l’eau chaude provenant d’un chauffe-eau solaire, même si cela provoque une arrivée d’eau froide dans le ballon d’eau chaude. [Il est à noter que les chauffe-eaux solaires installés en France fonctionnent selon un principe différent de ceux utilisés en Israël ; se renseigner auprès d’un Rav compétent.]

16. Un corps qui était sur un feu jusqu’à atteindre la température de “yad solédète bo” a le pouvoir de cuire à son tour même après avoir été retiré du feu, tant qu’il conserve sa température de “yad solédète bo”. C’est ce que l’on appelle un “kéli richone” (premier récipient). Si par contre il n’est plus à la température de “yad solédète bo”, on peut y faire chauffer tout aliment, à condition qu’il ne soit pas posé sur un feu "découvert" (cf. supra, paragraphes 41 à 43).17. Pour cette raison, il est interdit de rajouter des épices dans un plat ou un bouillon qui est à la température de “yad solédète bo”, tant que le plat est dans la marmite qui a cuit sur le feu. Mais on pourra ajouter des épices dans un bol de soupe ou une assiette, car un “kéli chéni” (second récipient) ne cuit pas (cf. paragraphe 25).

18. Le sel lui-même ne cuit que dans un ustensile qui est au-dessus du feu ; il sera donc permis d’en rajouter dans un “kéli richone” retiré du feu.

19. Il faut faire attention à ce que la louche ou la cuillère utilisées pour servir un plat du “kéli richone” (qui est chaud à “yad solédète bo”) soient sèches sans trace d’eau. On a cependant le droit d’introduire la louche dans le bouillon à plusieurs reprises, même si elle est alors recouverte de bouillon qui se réchauffe lorsqu’on introduit de nouveau la louche dans le plat chaud.

20. Il est interdit de verser le contenu d’un récipient qui a chauffé sur le feu sur un aliment cru, tant qu’il est à la température de “yad solédète bo”, car cela a pour effet de cuire la couche extérieure de cet aliment cru. C’est ce que l’on appelle "’irouy mi-kéli richone”.

21. Cet interdit ne concerne que le cas où on verse sur un corps solide, qui est alors cuit par le contact ; mais on a le droit de verser depuis un “kéli richone” dans un liquide, car les deux liquides se mélangent, sans qu’il n’y ait de cuisson. Certains limitent cette permission au cas où le liquide froid est en quantité supérieure au liquide chaud versé, le mélange restant alors froid. Il est bon de respecter cette opinion et ne verser de l’eau chaude d’un “kéli richone” (à température de “yad solédète bo”) sur de l’eau froide que si l’eau froide est en quantité supérieure.

22. Par conséquent, on évitera de verser de l’eau chaude d’un “kéli richone” qui est “yad solédète bo”, sur un concentré de thé froid ou tiède, mais on versera en premier lieu l’eau chaude dans le verre, puis on y ajoutera le concentré de thé.

23. Il est toutefois permis de verser de l’eau chaude même directement du “Koumkoum” (bouilloire) dans un récipient qui est encore humide après le rinçage, et il n’est pas nécessaire de l’essuyer. Il convient cependant de bien le secouer auparavant pour en retirer l’eau.

24. Il est permis de verser de l’eau chaude d’une bouilloire sur les parois d’un biberon, afin d’en chauffer le contenu. A plus forte raison est-il permis d’introduire le biberon dans un “kéli chéni” (cf. paragraphe suivant) rempli d’eau brûlante. (On aura même le droit de le plonger entièrement dans l’eau, sans crainte de l’interdit de “Hatmana”.)

25. Un corps chauffé sur le feu jusqu’à la température de “yad solédète bo” qui a été transvasé dans un autre récipient non chauffé, perd sa capacité de cuire, même s’il est encore brûlant. La raison en est que les parois froides du second récipient contribuent à refroidir rapidement leur contenu. On peut donc y mettre des aliments à réchauffer même s’ils sont crus (à l’exception des aliments “qalé habbichoul”, cf. supra). Ce second récipient est appelé “kéli chéni”.

26. On peut donc ajouter des épices à une soupe qui a été servie dans une assiette ; même si la soupe est à température de “yad solédète bo”, elle n’a pas le pouvoir de cuire puisqu’elle se trouve dans un “kéli chéni”.

27. Certains aliments sont appelés “qalé habbichoul”: leur cuisson est très rapide et peut être réalisée même dans un “kéli chéni” ; c’est le cas d’un poisson salé et séché, ou de tout petits poissons. C’est pourquoi il est interdit de déposer ce type d’aliment dans un “kéli chéni” tant qu’il est “yad solédète bo”. Il est même interdit de verser sur eux depuis un “kéli chéni” présentant la température de “yad solédète bo” car un tel versement provoquerai leur cuisson. Il en va de même d’un œuf de poule cru , il est interdit de le tremper dans un “kéli cheni”.

28. Certains pensent que puisqu’il existe des aliments “qalé habbichoul” et qu’on en ignore la liste exhaustive, il convient d’interdire par défaut de réchauffer tout aliment dans un “kéli chéni”, hormis ceux qui sont explicités dans le Talmud comme n’étant pas des “qalé habbichoul”, tels les épices ou les liquides. L’avis des décisionnaires ashkénazes penche en ce sens ; ils permettent toutefois de le faire dans un “kéli chélichi” (troisième récipient), même si son contenu est encore “yad solédète bo”. Par contre, l’avis de la majorité des décisionnaires séfarades est de permettre le “kéli chéni” pour la plupart des aliments, en excluant seulement les aliments connus pour cuire facilement ; tel est aussi l’avis des premiers décisionnaires (“Richonim”). C’est pourquoi les communautés séfarades peuvent se montrer moins strictes à ce sujet.

29. Il est permis d’après la loi stricte de mettre un sachet de thé dans un verre qui est “kéli chéni”, même s’il contient de l’eau chaude à température de “yad solédète bo” ; selon les décisionnaires ashkénazes, ce sera interdit. Notre maître le Richone létsiyone Rav ‘Ovadia Yossef a écrit qu’il convient aussi aux séfarades de se montrer stricts dans ce cas. Il sera cependant permis de verser de l’eau d’un “kéli chéni” sur des feuilles de thé qui se trouvent dans un troisième récipient.

30. Certains pensent que la règle énonçant qu’un “kéli chéni” ne cuit pas ne s’applique que pour un corps liquide qui, une fois versé dans le “kéli chéni”, se refroidit aussitôt au contact des parois froides de l’ustensile, et perd sa capacité l’ustensile que sur un côté, et l’échange thermique est moindre. Il conserve donc son pouvoir de cuisson même après avoir été transvasé dans un “kéli chéni”, tant qu’il est à la température de “yad solédète bo”. D’autres ne font pas cette différence, et permettent le “kéli chéni” dans tous les cas. Le Rav Moché Lévi, dans son livre “Ménou’hate Ahava”, a écrit qu’il fallait se montrer strict et suivre la première opinion. Il convient donc de ne pas ajouter des éà température de “yad solédète bo” ; ceux qui le permettent ont toutefois sur qui s’appuyer. Le Richone létsiyone Rav ‘Ovadia Yossef, quant à lui, pense qu’on peut permettre cela même à priori.

31. L’eau chaude contenue dans un thermos, bien qu’étant un “kéli chéni”, a le pouvoir de cuire comme un “kéli richone”, car les parois du thermos ne la refroidissent que très peu. Il est néanmoins permis de verser de cette eau sur un aliment qu’on peut déposer dans un “kéli chéni” (cf. paragraphe 25).

32. Un aliment sec entièrement cuit avant chabbat, n’est plus sujet à l’interdit de cuire le chabbat. Il sera donc permis de le réchauffer même dans un “kéli richone”. (Si le récipient se trouve sur une plaque de chabbat, se référer au paragraphe 43.)

33. Il est ainsi permis de tremper des croûtons ou des pâtes déjà cuites dans une soupe bouillante posée sur un feu couvert. Etant entièrement cuits, ils ne sont plus sujets à cuisson. (Pour une soupe se trouvant sur la plaque électrique, se référer au paragraphe 43.)

34. Certains préparent le couscous de manière à ce qu’il ne devienne entièrement comestible qu’après avoir été en contact avec du bouillon brûlant. Si ce bouillon n’a pas été versé sur le couscous la veille de chabbat, il est interdit de verser du bouillon d’une température de “yad solédète bo” (même d’un “kéli chéni”) sur le couscous pendant chabbat, car bien que le couscous soit cuit, la phase terminale de la cuisson n’a lieu qu’avec le versement du bouillon. Si on a déjà versé du bouillon brûlant sur le couscous avant chabbat et qu’il a refroidi, il est permis de verser sur le couscous pendant chabbat du bouillon chaud, même d’un “kéli richone” à température de “yad solédète bo”, car il n’a pas de "cuisson après cuisson" pour un corps sec.

35. Le principe permettant de remettre à cuire un aliment déjà cuit s’applique sur toutes les formes de cuisson confondues, que ce soit par l’eau, le gril ou au four. C’est pourquoi on permettra de tremper du pain ou de la maça dans une soupe brûlante en “kéli richone”. De même, on peut réchauffer un morceau de poulet sec entièrement cuit dans l’eau en le plaçant à proximité d’un feu, même s’il va continuer à griller.

36. Toute la permission de cuisson après cuisson ne s’applique qu’à un aliment sec. Il est par contre interdit de réchauffer (jusqu’à température de “yad solédète bo”) un plat contenant une sauce, ou tout autre corps liquide, même s’il a déjà été cuit avant chabbat et porté à ébullition ; après avoir refroidi en dessous de “yad solédète bo”, il est considéré comme n’ayant jamais été cuit. Certains pensent qu’il est permis de réchauffer aussi un corps liquide déjà porté à ébullition, mais c’est la première opinion qui est retenue. Il est donc interdit le chabbat de réchauffer une soupe qui a refroidi.

37. Il est permis de décongeler un pain en le posant sur une bouilloire, une marmite ou un plateau qui se trouvent sur la plaque de chabbat. (Quant à le placer directement sur la plaque, se référer au paragraphe 43). Il faut toutefois retirer le givre qui recouvre le pain avant de le mettre à chauffer. De même, on a le droit de sortir du congélateur et de réchauffer des panés, des boulettes frites, du poisson, des pommes de terre, du riz, des feuilletés ou tout autre aliment sans sauce qui a été cuit avant le chabbat.

38. Certains interdisent de griller des tranches de pain déjà cuites pour en faire des biscottes ; d’autres le permettent. Mais il est permis selon tous les avis de réchauffer du pain, même si la croûte devient alors craquante, tant qu’on n’a pas pour but de faire des biscottes.

39. Il est interdit de réchauffer jusqu’à la température de “yad solédète bo” un plat entièrement cuit avant chabbat s’il comporte de la sauce. Par contre, des aliments qui sont juste légèrement humides ou huileux sont considérés comme des aliments secs, et il est permis de les réchauffer pendant le chabbat. Notre maître le Richone létsiyone Rav ‘Ovadia Yossef pense que si le plat ne contient qu’un fond de sauce, on pourra également le réchauffer. Par contre, le Rav Moché Lévi dans son livre “Ménou’hate Ahava” se montre plus sévère dans ce cas.

40. Selon toutes les opinions, il est permis de réchauffer de la viande cuite dont le gras s’est gélifié au réfrigérateur, même si sous l’effet de la chaleur le gras se liquéfie.

41. Même dans le cas où il est permis de chauffer un aliment, il sera interdit de le faire sur un feu "découvert", car on donnerait alors l’impression de cuisiner comme un jour de semaine. Cependant, on pourra le mettre à réchauffer à côté du feu, puisque nul ne cuit de cette façon, et l’intention de réchauffer est clairement établie. Pour cette même raison, il est permis de réchauffer un aliment en le posant sur une marmite ou une bouilloire déposées sur le feu.

42. Il est de même permis de réchauffer un aliment cuit et sec sur un gaz allumé dont la flamme a été recouvert d’une plaque de fer, car ce n’est pas une façon habituelle de cuire.

43. Certains permettent de réchauffer à même la plaque de chabbat un aliment cuit et sec, car il n’est pas habituel en semaine de faire usage de cette plaque pour cuire un repas. D’autres sont plus stricts et nécessitent de recouvrir la plaque, car alors on établit clairement qu’on ne veut pas cuire mais simplement réchauffer. Selon toutes les opinions, il est interdit pendant chabbat d’utiliser le four pour réchauffer même des aliments que l’on ne cuit pas habituellement dans un four, comme du riz, car on considère le mode de cuisson en lui-même, sans tenir compte de l’aliment réchauffé.

44. Celui qui remue un plat en train de cuire à l’aide d’une cuillère ou en agitant la marmite, transgresse l’interdit de la Torah de cuire, car en remuant, on transfère le contenu supérieur de la marmite vers le fond, proche du feu, ce qui en accélère la cuisson. C’est pourquoi, il est interdit de remuer un plat qui n’est pas entièrement cuit s’il est posé sur un feu ou s’il est simplement à température de “yad solédète bo”. Il est également interdit de se servir du plat, de peur d’en venir à remuer le contenu.

45. On peut par contre se servir d’un plat même qui se trouve sur le feu, si son contenu est entièrement cuit. Il est cependant interdit de le remuer si la marmite est posée sur un feu "découvert". Mais si le feu est couvert, ou si la marmite a été retirée du feu, il sera également permis de remuer.”

46. Il est interdit de recouvrir le chabbat une casserole dont le contenu n’est pas entièrement cuit, si le plat est à température de “yad solédète bo” ou s’il est posé sur une source de chaleur. En effet, en recouvrant la casserole, on empêche l’air froid de pénétrer, ce qui accélère le processus de cuisson. Même si le plat est déjà recouvert, il est interdit d’ajouter un second couvercle car la chaleur en est ainsi mieux conservée et la cuisson accélérée. C’est pourquoi, celui qui a retiré le couvercle d’une casserole posée sur le feu ou la plaque le chabbat, et s’aperçoit que le plat n’est pas entièrement cuit, n’a pas le droit de remettre le couvercle. Mais si le plat est entièrement cuit, il peut reposer le couvercle, même si le plat va ainsi mijoter et se bonifier.

47. De même, si on a laissé au four (de manière permise – cf. infra chapitre 37) un plat qui n’était pas entièrement cuit et la porte du four a été ouverte le soir de chabbat, il sera interdit de la refermer tant que le plat n’est pas cuit. Ainsi, celui qui conserve son repas du samedi midi dans le four doit faire attention à ce qu’il soit entièrement cuit depuis la veille de chabbat. Sinon, il n’ouvrira pas le four jusqu’au lendemain.

48. L’interdit de cuire s’applique aussi sur des feuilles de thé, bien qu’elles aient été grillées en usine, car elles n’en sont pas devenues comestibles. C’est pourquoi il est interdit de mettre des feuilles de thé ou un sachet de thé dans une bouilloire d’eau chaude à température de “yad solédète bo”, même si la bouilloire n’est plus sur le feu. Il est de même interdit de verser dessus de l’eau de cette bouilloire.

49. On a déjà vu (infra paragraphe 29) qu’on a le droit de mettre des feuilles de thé dans un “kéli chéni” même à température de “yad solédète bo”. Certains sont plus stricts et ne les mettent que dans un troisième récipient.

50. Des feuilles de thé qu’on a fait bouillir ou sur lesquelles on a versé de l’eau bouillante avant le chabbat, pour ensuite retirer l’eau et laisser les feuilles, certains permettent de verser à nouveau sur ces feuilles de l’eau bouillante le chabbat, même d’un “kéli richone”. Telle est l’opinion de notre maître le Richone létsiyone Rav ‘Ovadia Yossef. D’autres l’interdisent, et c’est l’avis retenu par l’auteur du “Ménou’hate Ahava”.

51. L’interdit de cuire ne s’applique pas sur du café moulu, puisqu’il a été grillé en fabrique. C’est pourquoi on a le droit de verser dessus de l’eau bouillante à température de “yad solédète bo”, même d’un “kéli richone” qui se tient sur le feu. Celui qui se montre plus strict et verse d’abord l’eau bouillante dans le verre avant d’y ajouter le café, est digne de bénédiction.

52. De même, le sucre et le café instantané sont cuits durant leur cycle de production. On peut donc les mettre dans un “kéli richone”, et à plus forte raison verser dessus de l’eau bouillante d’un “kéli richone” qui est sur le feu.

53. Les poudres instantanées pour soupe, même si elles ont été cuites durant leur fabrication sont sujettes à l’interdit de cuire, car elles sont impropres à la consommation telles quelles ; elles ne deviennent comestibles qu’après les avoir mélangées à de l’eau bouillante. C’est pourquoi, il est interdit de verser dessus de l’eau à température de “yad solédète bo”, même d’un “kéli chéni”. Mais on peut verser dessus de l’eau de température inférieure à “yad solédète bo”.

54. Il est interdit de préparer de la gelée [ou un flan] à partir d’une poudre, car on forme un corps compact et on transgresse l’interdit de pétrir.

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