La récitation du qaddiche

>> Le "tsadik", fondement du monde, doit prendre soin de répondre chaque jour quatre-vingts dix Amen, quatre fois à une kedoucha, dix fois au qaddiche et réciter cent bénédictions. Les lettres représentant ces nombres en valeur numérique forment le mot "tsadik" (juste) qui est le fondement du monde.

> La récitation du qaddiche

1. Selon quel principe nos Sages ont-ils placé chaque qaddiche dans la prière? La prière elle-même a été instituée pour la réparation et l’élévation des mondes. Le début de la prière jusqu’à “Baroukh chéamar” correspond au monde de la “’Assia” (l’action), puis jusqu’au “Yotsère” on se trouve dans le monde de la “Yétsira” (formation), puis jusqu’à la ‘Amida dans le monde de la “Beria” (création) et enfin la ‘Amida elle-même correspond au monde de la “’Atsiloute” (émanation), qui est le monde spirituel le plus élevé. Ensuite, on redescend progressivement, puisque, pendant les jours de la semaine, on ne peut se maintenir que provisoirement à un tel niveau. Ainsi, de “Achré” à “Téfila lédavid”, on redescend dans le monde de la “Béria”, puis jusqu’à “Ene qadoche kachem” (“Qavé”) au monde de la “Yétsira”, et enfin jusqu’à “’Alénou léchabbéa’h” au monde de la “’Assia”. Le qaddiche a été institué à chaque passage d’un monde à un autre. En effet, cette prière comporte un nombre précis de mots et de lettres ayant une signification kabbalistique spécifique, qui permet que l’ascension des mondes s’opère parfaitement et entièrement.

C’est la raison pour laquelle le qaddiche est rédigé en araméen, afin que les forces impures ne s’élèvent pas elles aussi lors de l’ascension des mondes, en s’y accrochant pour y puiser de la vitalité. Ces forces comprennent l’araméen, et lorsqu’elles entendent les saintes et redoutables louanges contenues dans le qaddiche, elles se soumettent et ne peuvent s’élever. De plus, grâce â la ferveur avec laquelle nous récitons le qaddiche, les étincelles de sainteté qui sont la source de vitalité de ces forces impures se détachent d’elles et s’élèvent pour se lier avec la Sainteté, ce qui provoque un affaiblissement de ces forces et leur dispersion. C’est pourquoi le Zohar qualifie le qaddiche comme "brisant des chaînes de fer".

2. Selon les propos de notre maître le Ari zal, lors de la prière du matin, six qaddiche sont nécessaires pour la réparation des mondes, et il convient donc qu’ils soient récités par une personne ayant atteint la majorité religieuse. Il s’agit des qaddiches avant “Hodou”, avant le “Yotsère”, après la ‘Amida (avant “Achré”), avant “Téfila lédavid”, avant la “Ketoret” et enfin avant “’Alénou léchabbéa’h”. Par conséquent, s’il n’y a pas d’orphelin majeur qui récite les qaddiche d’avant “Hodou”, d’avant la “Ketoret” et d’avant “’Alénou léchabbéa’h”, l’officiant les récitera lui-même ; s’il y a un orphelin qui ne prononce pas les mots et les lettres correctement, ou qui profane le chabbat en public, il faudra que l’officiant (ou un autre fidèle) récite ces qaddiches en même temps que l’orphelin.

3. On ne récite pas de qaddiche s’il n’y a pas au moins dix hommes au-dessus de l’âge de la “bar-mitsva”. Si on a commencé à le réciter en présence d’un minyane de dix hommes, mais qu’une partie de l’assistance soit sortie au milieu, on terminera malgré tout le qaddiche s’il reste au minimum la majorité du minyane, soit six personnes. Quant à ceux qui sont sortis pendant la récitation du qaddiche en laissant moins de dix hommes, il est dit à leur propos (Isaïe 1,28): "ceux qui abandonnent l’Eternel périront".

4. Lorsqu’on désire compter les fidèles présents à la synagogue pour vérifier si le nombre nécessaire est atteint, il faut prendre garde à ne pas le faire en comptant les personnes numériquement car il est interdit de compter des juifs, même pour les besoins d’une mitsva, même en utilisant des lettres au lieu des nombres (comme “alef”, “bet”...). On pourra seulement les compter mentalement. Il est aussi possible de compter l’assistance en récitant un verset qui contient dix mots, par exemple: Hochi’a èt ’ammékha, ouvarekh èt na’halatékha, our’ème vénasséème ’ad ha’olame” (Psaumes 28,9).

5. Le sens littéral de la phrase “Yitgaddal véyitqaddach chéméh rabba” récitée dans le qaddiche est "que Son grand Nom soit glorifié et sanctifié". De même, “yéhé chéméh rabba mévarakh” veut dire "que Son grand Nom soit béni". D’autres commentent ainsi les termes “Chéméh rabba”: que “Chéméh”, que l’on peut lire “chème Yah”, c’est-à-dire le nom de Dieu composé des deux lettres Y­H, soit “rabba”, grand et complet, c’est-à-dire composé des quatre lettres Y­H­V­H (le Tétragramme). Nous retrouvons cette idée dans le commentaire de Rachi: le Saint béni soit-Il a juré que son Nom et Son trône ne seront pas complets tant que le souvenir de ‘Amaleq n’aura pas été effacé ; seulement alors le nom de Dieu et Son trône seront complets. On explique de la même manière la phrase “yéhé chéméh rabba mévara’h” – que le nom de Dieu (Y­H) soit entier et béni. Il convient de s’efforcer d’avoir les deux interprétations à l’esprit lorsqu’on prononce ces phrases.

> Des milliers de chameaux chargés de colère et de fureur

Il faut veiller particulièrement à ne pas parler pendant le qaddiche ou la kedoucha. Le traité de Dérekh érèç rapporte que Rabbi Hama croisa un jour le prophète Elie conduisant plusieurs milliers de chameaux chargés de colère et de fureur, destinés à ceux qui parlent pendant le qaddiche ou la kedoucha.

> Règles concernant celui qui récite le qaddiche

6. Celui qui récite le qaddiche doit se prosterner en tout à cinq reprises :  en disant “yitgaddal”, “yéhé chéméh rabba”, “yitbarakh”, “bérikh hou” et enfin en concluant “véimrou Amen”. (Pour s’en souvenir facilement, on peut retenir qu’il faut se prosterner au premier et dernier mot du demi”-qaddiche”, et au début, au milieu et à la fin de la phrase “yéhé chéméh rabba”. Ces mots-là sont signalés en gras dans le “siddour Ich maslia’h”). Se prosterner dans le qaddiche est une obligation instituée par les “Guéonim”, il convient donc de le faire en ployant tout le corps, et non pas en inclinant simplement la tête.

7. Celui qui récite le qaddiche ne doit pas entamer une nouvelle phrase avant que la majorité de l’assemblée n’ait répondu Amen à la phrase précédente. Par exemple, lorsqu’il termine “yitgaddal véyitqaddach chéméh rabba”, il ne doit pas immédiatement enchaîner “bé’alma di véra”, mais patienter le temps que la majorité des fidèles aient répondu Amen, et seulement après cela poursuivre. Il en est de même chaque fois où il faut répondre Amen. De plus, il prendra soin de prononcer lentement la phrase de “yéhé chéméh rabba”, afin que l’assemblée puisse avoir le temps de réciter elle aussi “yéhé chéméh rabba etc.”, jusqu’à “daamirane bé’alma”, et répondre ensuite Amen lorsqu’il dira “bérikh hou”.

8. On doit veiller à bien prononcer chaque mot de la prière comme il se doit, et prendre garde à ne pas omettre des lettres. Cela est d’autant plus vrai pour le qaddiche dont le nombre de mots et de lettres a une profonde signification kabbalistique. Ainsi, celui qui récite le qaddiche doit respecter un temps d’arrêt entre les mots “véyitqaddach” et “chéméh” afin de ne pas avaler un des deux “chine”. De même, il veillera à accentuer le “hé” à la fin de “chéméh” afin que cela signifie bien "Son Nom" (du Saint béni soit-Il) et non pas "le nom" sans que l’on sache de qui il s’agit, ni en venir à prononcer “chémi” qui signifie "mon nom". La même règle s’applique pour les mots “kir’outéh”, “malkhoutéh”, etc., dans lesquels la lettre “hé” est accentuée.

9. Quand on dit “viqarèv méchi’héh”, on doit prononcer la lettre “qouf” comme il se doit, selon la coutume de nos communautés sépharades de tous temps, et non pas la prononcer comme la lettre “kaf”. La phrase perdrait alors son sens et signifierait "Il labourera” Son messie"!

10. Quand on dit “véyit’alé”, il faut prendre garde de bien prononcer la lettre “’ayine”, sinon le mot prend le sens de pendaison, à Dieu ne plaise ; il en est de même pour la lettre “hé” de “véyithallal”.

11. Les mots “bé’alma”, “lé’almé”, et “’almayya” doivent être prononcés avec l’accent tonique sur la dernière syllabe (oxyton), tout en s’attardant légèrement sur la lettre “’ayine”. Quant au “lamed”, il est ponctué d’un “chéva” muet. Le terme “avouna” (dans le “qaddiche titqabbal”) est à prononcer avec l’accent tonique sur l’avant-dernière syllabe (paroxyton).

12. Il est fortement recommandé à tout celui qui doit réciter le qaddiche de se rendre chez une personne instruite pour qu’elle lui apprenne la prononciation correcte des mots. En effet, la plupart des gens ne sont pas accoutumés à lire l’araméen et font par conséquent beaucoup d’erreurs en récitant le qaddiche. Il apprendra également la traduction des mots. Comment réciter une louange aussi élevée et puissante devant le Roi de l’univers sans comprendre ce que l’on est en train de dire”?” (A la fin des “sidourim Ich maslia’h “et “Echet ’hayil” se trouve la traduction en hébreu du qaddiche pour le mettre à la portée du public).

13. Lorsque plusieurs personnes récitent le qaddiche ensemble, elles doivent veiller à le faire de manière synchronisée, et non que l’un aille plus vite et l’autre plus lentement. Le mieux est qu’une seule personne récite le qaddiche à haute voix, et que les autres personnes qui récitent le qaddiche l’accompagnent à voix basse.

> Règles concernant celui qui entend le qaddiche

>> La récompense de celui qui répond Amen

- Rèch Laqiche dit: "Tout celui qui répond Amen de toutes ses forces se voit ouvrir les portes du paradis".- A partir de quand un enfant hérite-t-il du paradis? On enseigne au nom de Rabbi Méir: dès qu’il commence à répondre - Amen.

14. Il faut courir pour pouvoir écouter un “qaddiche ;” et en l’écoutant, il faut être concentré et penser à ce que l’on répond. On s’efforcera de répondre à voix haute car cela éveille la ferveur. En outre, le fait de répondre au qaddiche à voix haute annule les mauvais décrets qui pèsent sur le peuple d’Israël. (On ne doit toutefois pas exagérer, pour ne pas donner prise à la moquerie).

15. Il faut prendre garde à ne pas répondre Amen brièvement et rapidement, comme une chose dont on veut se débarrasser, mais le faire posément (en prolongeant le mot Amen le temps qu’il faut pour dire brièvement les mots “èl mélekh néémane”). On pensera à la signification du Amen du qaddiche, qui est: Ainsi soit-il, que s’accomplisse ce que l’officiant a dit.

16. Si l’officiant a poursuivi le qaddiche avant qu’on ait pu répondre Amen, on ne pourra plus répondre. Par exemple, si un officiant récite le qaddiche à telle vitesse qu’aussitôt après “chéméh rabba” il enchaîne déjà “bé’alma di véra”, le public ne répondra pas Amen du tout, et la faute en incombera à l’officiant.

17. Il convient de marquer une légère pause entre Amen et “yéhé chéméh rabba etc.”. En effet, le Amen est la réponse à ce que l’officiant a dit, tandis que “yéhé chéméh rabba” est le début d’une nouvelle louange.

>> « Déchirer » les mauvais décrets 

"Lorsque le peuple d’Israël répond "Amen, yéhé chéméh rabba", le Saint béni soit-Il Se désole, pour ainsi dire, en ces termes: "Heureux est le Roi que l’on couronne ainsi dans Son palais. Pourquoi le Père a-t-il donc exilé Ses enfants? Malheur aux enfants qui ont été chassés de la table de leur Père". Nos Sages affirment que tout celui qui répond "Amen yéhé chéméh rabba" de toutes ses forces, mérite qu’on lui déchire ses mauvais décrets.

18. La coutume des communautés sépharades est que l’assemblée réponde “yéhé chéméh rabba” jusqu’aux mots “daamirane bé’alma” (selon l’opinion du Ari zal). Si avant d’avoir terminé cette phrase, on entend l’officiant dire “bérikh hou”, on ne s’interrompt pas pour répondre Amen. Cependant, si l’officiant arrive à “véimrou Amen”, on s’arrête pour répondre Amen, puis on poursuit jusqu’à “daamirane bé’alma”.

19. Lorsqu’on répond Amen dans le qaddiche, on pensera qu’il signifie: "qu’il en soit ainsi" (cf. le paragraphe 15 ci-dessus).

> « Hodou » et « Hachem mélekh »

20. Quand on récite le verset “El néqamote Hachem”, on demande à Dieu de venger la mort des dix martyrs. Notre saint maître Rabbi Maslia’h Mazouz avait l’habitude de réciter ce verset à dix reprises.

21. Il faut bisser le verset de “Hachem mélekh”, de la même manière que le peuple d’Israël, au temps du prophète Elie, avait répondu “Hachem hou haélohime” à deux reprises. La raison de cette répétition est que l’on fait régner Hachem à la fois sur notre corps et sur notre âme. On récite ce verset debout, ainsi que celui de “véhaya Hachem lémélekh ect”.

22. Lorsque l’assemblée récite “Hachem mélekh”, toutes les personnes présentes doivent se lever, même celles qui se trouvent à un autre passage de la prière. Cependant, ces dernières n’auront pas besoin de s’interrompre pour réciter ce verset avec l’assemblée, même lorsqu’il leur est permis de le faire. Par contre, si l’on n’est pas en train de prier, que l’on soit oisif ou même en train d’étudier, il est préférable de répondre avec l’assemblée. 

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