Le kiddouch et les repas du chabbat

> Retour à la maison après ’Arvit

>> Un ange malfaisant répond "Amen" contre son gré

Rabbi Yossé ben Yéhouda enseigne: "Deux anges raccompagnent l’homme le soir de chabbat depuis la synagogue jusqu’à sa maison – l’un est bon et l’autre malfaisant. Lorsque l’homme rentre chez lui et trouve les lumières allumées, la table dressée et sa couche préparée, le bon ange dit: "Qu’il en soit ainsi le chabbat prochain" et l’ange malfaisant répond "Amen" contre son gré. Dans le cas contraire, c’est l’ange malfaisant qui annonce: "Qu’il en soit ainsi chabbat prochain", et c’est le bon ange cette fois qui répond "Amen", contre son gré.

1. Lorsqu’on rentre à la maison, il faut souhaiter à haute voix et avec joie “Chabbat chalome”. Puis, si ses parents sont présents, on embrasse leur main droite, en pensant accomplir par-là la mitsva d’honorer ses parents. De plus, selon la Kabbalah, embrasser la main de sa mère le soir du chabbat revêt une signification particulière.

2. Après que les enfants aient embrassé la main de leurs parents, il est d’usage que le père pose ses mains sur leur tête et les bénisse: en effet, lors de la prière de ‘Arvit du chabbat soir, un flux de bénédictions se déverse sur l’homme, qu’il transmet ensuite à ses enfants en les bénissant. De surcroît, ces instants sont propices à la Grâce divine, et les deux anges qui accompagnent l’homme répondent Amen à ses bénédictions. Avant la bénédiction des enfants, le père doit veiller à dire: “Yéhi chèm etc.” (Que le nom de Dieu soit béni à tout jamais), puisqu’il faut toujours bénir Dieu avant de bénir les hommes. Puis, le père béénédiction s’accomplira, avec l’aide de Dieu. (Le texte de la bénédiction se trouve dans les siddourim).

3. Le soir de chabbat, il faut se hâter de faire le kiddouch ; en effet, il est bien que le kiddouch soit récité le plus proche possible de l’entrée de chabbat. Il ne convient pas de suivre l’habitude de certaines personnes incultes qui, dès leur retour à la maison, s’installent avec leurs amis, pour discuter de paroles futiles et profanes, et par cela dénigrent la sainteté du chabbat.

> Déroulement du kiddouch selon notre maître le Ari zal

4. Après avoir embrassé la main des parents, le maître de maison regarde les deux veilleuses allumées en l’honneur du chabbat. Il doit penser que l’une symbolise le commandement de "Se souvenir du chabbat et l’autre, celui d’"Observer le chabbat. En outre, on pense que l’une des veilleuses est liée au premier “Hé” du Tétragramme, et l’autre au second “Hé”. En fixant les veilleuses, on pense au fait que les lumières supérieures éclairent le monde.

5. Puis, il se tient à sa place à table, et prononce la phrase suivante: “Da hi sé’oudéta da’haqal tapou’hine qaddichine” (Voici le repas du Verger des Saintes Pommes [notion kabbalistique désignant la “Chékhina” - la Présence divine]), puis on tourne en silence autour de la table en partant de la droite. On revient ensuite à sa place et saisit deux branches de myrte tenues à l’endroit, l’une en rappel du commandement de "Se souvenir du chabbat", et l’autre, celui d’Observer le chabbat". Il les joints et récite la bénédiction: “boré ’atsé béssamime”. Après les avoir senties, il dit: “Zakhor véchamor etc.” (Les commandements de se souvenir et d’observer le chabbat ont été prononcés en même temps), puis le verset: “Réa’h ni’hoa’h etc.” (C’est un arôme d’agrément, une offrande par le feu pour Dieu), car ce verset contient toutes les intentions mystiques relatives à la bénédiction des “béssamime”. Puis, on tourne à nouveau autour de la table en silence, les branches de myrte à la main.

6. Après avoir rejoint sa place, on entonne avec joie le “Chalome ’alékhème” que l’on conclut par les versets: “Ki mal-akhav […] Hachem yichmor etc.” (Car Je t’adjoindrai des anges afin de te protéger dans toutes tes voies. Dieu te gardera dans tes allées et venues à tout jamais). Puis, sans aucune interruption, on chante le “Echète ’hayil”. Il faut penser que ce passage est composé de vingt-deux versets, correspondant aux vingt-deux conduits célestes, qui, le soir de chabbat, sont ouverts et déversent abondance et bénédiction sur le monde.

> Le Echète ’hayil

Le roi Salomon a consacré dans ses Proverbes un chapitre entier de vingt-deux versets ordonnés selon l’ordre alphabétique sur la femme vertueuse. C’est le Echète ’hayil, le célèbre chant par lequel tout juif reçoit le chabbat à son retour à la maison, afin de remercier sa femme qui a tout préparé et dressé en l’honneur de chabbat. Après avoir salué les anges qui nous accompagnent depuis la synagogue, on entonne le chant Echète ’hayil. Des chercheurs contemporains ont écrit que ce chapitre n’avait son équivalent chez aucun autre peuple: nul ne loue la femme diligente, emplie de crainte de Dieu, que "ses enfants ont glorifiée, son époux a louée".- Une raison supplémentaire, selon le sens mystique, est rapportée par le Ben Ich ’Haï: l’alphabet hébraïque est composé de vingt-sept lettres dont vingt-deux courantes et cinq finales (qui sont en fait doubles, car il y a deux manières d’écrire la même lettre selon qu’elle soit en milieu ou en fin de mot). Ces vingt-sept lettres correspondent aux vingt-sept conduits de bénédictions qui sont ouverts le jour du chabbat pour déverser l’abondance sur le monde. C’est pourquoi on récite les versets du Echète ’hayil lors du kiddouch du soir de chabbat, ordonnés selon l’alphabet hébraïque. Pour la même raison, l’office de Moussaf débute par le paragraphe Tikanta chabbat, écrit selon l’ordre alphabétique inversé.

7. Puis, on dit “Atkinou” et on chante “Assadère bichva’hine” de notre maître le Ari zal (Ce chant est imprimé avec de nombreuses erreurs dans les différents recueils de prières. Dans notre siddour, le chant est retranscrit d’après le manuscrit de Rabbi ’Haim Vital, dont une copie se trouve chez le Rav Iç’haq Barda). Ensuite, on récite le passage du Zohar et le “Léchème yi’houd”. Enfin, on fait le kiddouch.

8. Dans le “Chalome ’alékhème”, il faut faire attention à dire: “mélèkh malkhé hamélakhime” et non “mimélèkh”, comme il est écrit dans certains siddourim.

9. Rabbi Maslia’h Mazouz avait l’habitude de dire “barkhounou” (bénissez-nous) au pluriel et non “barkhouni” (bénissez-moi), afin d’inclure tous les membres de la maison, et en particulier les jeunes enfants qui ne récitent pas ce cantique.

10. Lorsqu’on dit “Bétsètkhème léchalome” (Lorsque vous sortez en paix), l’intention n’est pas de congédier les anges, à Dieu ne plaise. Ces derniers viennent d’entrer chez nous et nous souhaitons prolonger leur présence le plus possible! Cette phrase est simplement la suite logique des précédents couplets: “Barkhounou léchalome”, nous avons demandé aux anges de nous bénir, à présent nous précisons quand ils le feront: “Béchivtékhème léchalome” – lorsque vous séjournez en paix ; et “Bétsètkhème léchalome” – lorsque vous sortez en paix, c’est-à-dire au moment de partir, bénissez-nous à nouveau. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous disons: “Bétsètkhème léchalome” (lorsque” vous sortez en paix) et non “tsètkhème léchalome” (sortez en paix).

>> Il est à moi!

Viens et observe! Lorsque l’homme rentre de la synagogue en ce jour de chabbat, et que la Chékhina (Présence divine) constate que les veilleuses sont allumées, la table dressée, et que l’homme et sa femme sont heureux, elle s’exclame: "Il est à moi! Ce peuple d’Israël par lequel Je suis glorifiée". Dans le cas inverse, la Chékhina s’en va, et avec elle les anges, et le mauvais penchant arrive avec ses cohortes et s’attache à l’homme et à sa femme en disant: "Il est à moi et fait partie de mes troupes". Le mauvais penchant prend alors emprise sur l’homme et l’impurifie, à Dieu ne plaise.

> Les lois du kiddouch

11. Lorsque l’horaire du kiddouch arrive, c’est-à-dire dès qu’on a reçu le chabbat ou au plus tard après le coucher du soleil, il est interdit de goûter quoi que ce soit jusqu’au kiddouch. C’est pourquoi, il est bon de rappeler aux membres de la famille de boire avant de recevoir le chabbat, afin qu’ils ne soient pas assoiffés par la suite. Il est cependant permis de se rincer la bouche, puisqu’on n’a pas l’intention de boire.

12. Le jour du chabbat, il faut mettre un napperon en dessous et par-dessus les pains qui sont à table. Ceci en souvenir des couches de rosée qui étaient en dessous et au-dessus de la “Manne”, le pain descendu du ciel dont se nourrissaient les enfants d’Israël dans le désert. Une autre raison est rapportée: afin que le pain n’ait pas "honte". De quelle honte s’agit-il? Normalement, la bénédiction du pain, de par son importance, précède celle du vin. Or, ici, nous faisons précéder le vin du kiddouch. C’est pourquoi, nous recouvrons le pain pour dissimuler sa présence et ce, jusqu’à la fin du kiddouch. Pour cette même raison, il faut recouvrir aussi les gâteaux et autres aliments mézonote.

13. La coupe du kiddouch doit être bien lavée de l’intérieur et rincée de l’extérieur. Même si elle est déjà propre, il est bon de la rincer à nouveau avant le kiddouch. Il faut remplir toute la coupe de vin en laissant juste un peu de place pour la mézigua d’eau, comme nous le verrons plus loin.

14. Il faut veiller à ne pas boire du vin de la coupe avant le kiddouch, ce qui la rendrait "défectueuse". Si l’un des enfants en a bu par inadvertance, il faudra y rajouter un peu de vin ou d’eau.

15. Il faut faire attention que la coupe en elle-même soit intacte. Si elle est ébréchée même légèrement, ou fêlée, on ne l’utilisera pas pour le kiddouch; on prendra une autre coupe, ou même un simple verre. Cependant, si on ne dispose que d’une coupe "défectueuse", (dont on a bu ou qui est ébréchée), ou à posteriori que l’on a déjà fait le kiddouch dessus, on est acquitté.

16. Il est préférable qu’un des participants prenne la coupe des deux mains pour la tendre à celui qui va faire le kiddouch, qui la recevra aussi à deux mains, à hauteur de sa poitrine, du côté gauche. Ce dernier tiendra ensuite la coupe de la main droite, en l’élevant d’au moins un téfa’h (huit centimètres) au-dessus de la table. Puis, on coupe le vin avec un peu d’eau (mézigua) à trois reprises. Il est bon que celui qui a initialement transmis la coupe soit celui qui verse la mézigua.

17. Ensuite, la personne qui va faire le kiddouch observe le vin qui est dans la coupe. D’après la Kabbalah, lorsqu’il observera avec son œil droit il pensera à la valeur numérique du mot “’Ayine” (« œil ») soit 130, qui correspond à cinq fois la valeur numérique du Tétragramme (26). On fera de même pour l’œil gauche. On pensera ensuite lorsque l’on observera son front dans le reflet du vin à ce que le mot « front » en hébreu « méça’h » a la même valeur numérique que le mot "réussite" (“hasla’ha”), soit 138.

18. La personne qui fait le kiddouch doit boire la quantité de “mélo lougmav” (de quoi bomber une joue, ce qui correspond à une pleine gorgée de vin), soit environ 41 ml ; il est toutefois recommandé de boire un révi’ite (81 ml). A défaut, si un autre membre de l’assistance a bu cette quantité, c’est aussi valable. Cependant, si aucun membre de l’assistance n’a bu “mélo lougmav” à lui seul, personne n’est acquitté du kiddouch. Certains soutiennent néanmoins que même dans ce cas, on est acquitté ; c’est pourquoi on ne refera pas le kiddouch, suivant le principe selon lequel il convient de s’abstenir de réciter une bénédiction en cas de doute. Toutefois, il est fortement recommandé d’écouter à nouveau le kiddouch d’une autre personne.

19. On ne récite pas la bénédiction finale de “’Al haguéfène” sur la coupe de vin du kiddouch, même si on a bu un révi’ite (81 ml), puisque le Birkate hammazone que l’on récite à la fin du repas acquitte aussi le vin du kiddouch.

20. Il est bien que tous les participants goûtent au vin du kiddouch. Ils doivent alors veiller à ne pas s’interrompre avant d’avoir bu.

21. Après avoir récité la bénédiction sur le vin, boisson par excellence, on est exempté de faire la bénédiction sur toutes les autres boissons. De ce fait, on ne récite pas la bénédiction de “Chéhakol” sur de l’eau ou un jus de fruit que l’on boit après le kiddouch. (Il faut toutefois veiller à ne pas boire un révi’ite avant d’avoir fait la bénédiction de Hamotsi sur le pain, comme nous le verrons.)

22. Celui qui a rangé la bouteille de vin après le kiddouch sans laisser de vin à table, et désire à présent boire de l’eau ou du jus, doit, selon certains décisionnaires, réciter auparavant la bénédiction appropriée, puisqu’il n’a plus l’intention de boire du vin. D’autres pensent qu’on ne doit pas faire de bénédiction. C’est pourquoi, il est recommandé de laisser la bouteille de vin sur la table, ou la coupe du kiddouch si elle contient encore un peu de vin, afin de maintenir un lien avec le vin, et être ainsi dispensé de faire la bénédiction initiale sur une autre boisson, suivant tous les avis.

23. Avant d’avoir fait le motsi, il faut veiller à ne pas boire en une fois un révi’ite (81 ml) d’eau ou de jus, et à ne pas manger un kazaïte (26 cm3) de fruits ou de gâteaux, afin de ne pas entrer dans une controverse quant à la nécessité de réciter la bénédiction finale.> Les repas du chabbat

24. À chaque repas de chabbat, on doit réciter la bénédiction de Hamotsi sur deux pains entiers (que ce soit des “’halot”, pitot” ou autre). Il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes sur ce point: une femme récitant la bénédiction du motsi devra aussi le faire sur deux pains.

25. Selon le Ari zal, il est bon de veiller à ce qu’il y ait douze pains lors des trois repas de chabbat. (Il est possible d’utiliser à cet effet des petits pains individuels ou des “pitot”). On dispose six pains comme suit>:.<TS>: “posés à l’envers sur la table, “et les six autres par-dessus, posés à l’endroit. En les disposants de la sorte, on obtient une forme de pain à double face, à l’image des pains de préposition dans le Temple. Avant de réciter la bénédiction de Hamotsi, on prend uniquement les deux pains supérieurs du milieu, et on les assemble dos à dos en les tenant des deux mains: la main droite attrape le pain de droite qui est en rappel de la lettre “Youd” du nom de Dieu (et le pain en dessous de lui est en rappel de la lettre “Hé”) et la main gauche tient le pain de gauche, qui est en rappel de la lettre “Vav” (le pain du dessous étant en rappel de la dernière lettre “Hé”). [Ainsi on obtient les quatre lettres du Tétragramme.]

26. Après avoir achevé la bénédiction sur le pain, on coupe pour soi-même un kazaïte (26 cm3) du pain de droite que l’on trempe trois fois dans le sel, tout en pensant à s’acquitter du commandement d’effectuer les repas de chabbat. Après avoir goûté son morceau, on coupe une tranche de pain pour sa femme d’un volume de cabbétsa (54 cm3). Durant tout ce temps, on ne doit pas poser le deuxième pain, mais le tenir lié au pain que l’on coupe.

27. Si on ne dispose pas de douze pains, on fera la bénédiction sur quatre pains, en les disposant par paire, de la manière décrite plus haut (paragraphe 25). De même, avant la bénédiction, on saisira les deux pains supérieurs dos à dos, et on récitera la bénédiction sur le pain de droite, comme mentionné précédemment (paragraphe 26).

> Celui qui veut être sauvé…

Rabbi Chim’one ben Pazi disait: Rabbi Yéhochoua’ ben Lévi rapportait au nom de Bar Qappara: celui qui accomplit les trois repas de chabbat sera épargné de trois afflictions: les douleurs de l’enfantement messianique (toutes les souffrances qui annonceront la venue du Messie sont comparées aux douleurs de l’accouchement), la peine de l’enfer, et la guerre de Gog et de Magog (guerre mondiale qui précèdera la venue du Messie).

28. Lors de chacun des repas de chabbat, on doit consommer au minimum un cabbétsa de pain, soit un volume de 54 cm3. À posteriori, si on a consommé seulement un kazaïte de pain (26 cm3) et qu’on a déjà récité le Birkate hammazone, on est acquitté. Une personne malade ou âgée pourra se contenter, même à priori, de consommer seulement un kazaïte.

29. C’est une habitude louable de lire chaque chabbat toute le traité de Michna de chabbat, qui comporte vingt-quatre chapitres, à l’instar des vingt-quatre ornements d’une mariée [suivant la coutume usitée du temps de nos Sages]. L’essentiel est cependant de comprendre ce qu’on lit ; le cas échéant, il est préférable d’étudier deux “michnayote” à chaque repas, accompagnées d’un commentaire, comme celui de “Barténoura” ou du Rav Qéhati, par exemple.

30. Le soir de chabbat, le Ari zal avait coutume de laisser la nappe sur la table, ainsi que la coupe de vin sur laquelle il avait récité le Birkate hammazone. Il laissait aussi un fond de vin dans la coupe, en symbole de bénédiction. Il rassemblait aussi les restes de pain du repas (mais pas de pain entier) sous un napperon. Celui qui n’a pas fait le Birkate hammazone sur du vin pourra laisser à la place le vin du kiddouch. On veillera à recouvrir la coupe afin de ne pas attirer les insectes, et aussi afin qu’il soit permis de boire le vin le lendemain. 

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