Les lois du Zimmoune

> Le Zimmoune

1. Trois personnes qui ont mangé du pain ensemble ont l’obligation de réciter le Zimmoune (ce terme signifiant "invitation" pour se préparer à réciter le Birkat hamazone). On procède comme suit: avant de commencer à réciter le Birkat hamazone, une des assistants déclare: “Névarèkh chéakhalnou michélo" (Rendons grâce à Celui qui nous donne la subsistance). Les autres lui répondent alors: “Baroukh chéakhalnou michélo ouvtouvo ’hayinou” (Rendons grâce à Celui qui nous donne la subsistance et qui nous fait vivre). Le premier répète alors cette dernière phrase, puis on entame immédiatement le Birkat hamazone. Lorsque dix hommes au moins ont mangé ensemble du pain, ils doivent mentionner le nom de Dieu. Le premier doit alors dire: “Névarèkh Élohénou chéakhalnou michélo” (Rendons grâce à notre Dieu qui nous donne la subsistance). Les assistants répondent de même: “Baroukh Élohénou chéakhalnou michélo ouvtouvo ’hayinou” (Rendons grâce à notre Dieu qui nous donne la subsistance et qui nous fait vivre). Puis, le premier reprend: “Baroukh Élohénou etc.”.

2. Le Zimmoune n’est pas facultatif mais constitue une obligation. Si une personne a pris son repas avec d’autres, elle n’a pas le droit de faire le Birkat hamazone avant le reste des assistants, même si elle est pressée de vaquer à ses occupations. Si elle le récite malgré tout, elle aura transgressé un interdit. Cependant, elle peut demander aux convives de s’interrompre un instant pour répondre à son Zimmoune, et les autres reprendront ensuite leur repas. En cas de refus de leur part ou d’impossibilité, elle n’aura d’autre choix que d’attendre la fin du repas et le Zimmoune collectif. Celui qui sait par avance qu’il ne pourra pas rester jusqu’à la fin du repas, pourra penser expressément avant de réciter Hamotsi qu’il ne s’inclut pas dans le groupe des convives.

3. Dix personnes qui ont mangé ensemble, ont l’obligation de dire le Zimmoune avec mention du Nom de Dieu (“Élohénou”). Si trois d’entre eux sont pressées de partir, ils ne peuvent pas faire un Zimmoune à part, car ils devraient alors le faire sans mentionner “Elohénou”. Ils doivent donc attendre que la majorité d’entre eux ait terminé de manger pour pouvoir dire le Zimmoune ensemble, ou demander aux sept autres participants d’interrompre leur repas un instant afin de faire le Zimmoune, pour le reprendre ensuite.

4. Dans tous les cas, la majorité des personnes attablées peut toujours contraindre la minorité à faire le Zimmoune. Ainsi, si trois personnes sont attablées ensemble et que deux d’entre elles aient fini leur repas, elles peuvent contraindre la dernière à faire le Zimmoune avec elles avant de continuer son propre repas. De même, si dix personnes ont mangé ensemble et que six d’entre elles ont terminé leur repas, elles sont en droit d’exiger des quatre restants de faire Zimmoune avant de continuer leur repas. Cependant, il est quand même préférable d’attendre que tous aient terminé de manger, pour réciter ensemble le Zimmoune et le “Birkat hamazone.”

5. Celui qui a interrompu son repas pour répondre au Zimmoune peut le poursuivre juste après avoir répondu “Baroukh chéakhalnou michélo ouvtouvo ’hayinou”. Selon certains avis toutefois, il doit attendre jusqu’à ce que celui qui a fait le Zimmoune ait terminé la première bénédiction (“hazane èt hakkol”). Celui qui fait cet effort sera béni. En tout cas, il ne doit pas refaire la bénédiction sur les aliments consommés.

6. Lorsque trois personnes ont consommé un kazaïte (26 cm3) de fruits ou d’autres aliments, ou encore ont bu un révi’ite de lait ou de jus de fruits, et doivent réciter la bénédiction finale, elles peuvent s’associer à sept personnes ayant mangé du pain pour faire le Zimmoune avec mention du nom de Dieu. Ces trois personnes doivent alors répondre avec les autres participants: “Baroukh Élohénou chéakhalnou michélo ouvtouvo ’hayinou”, puis elles réciteront la bénédiction finale sur ce qu’elles ont mangé, en l’occurrence “Boré néfachote”. Ne pourra cependant s’associer au Zimmoune qu’une personne n’ayant pas encore récité la bénédiction finale sur son repas. Celui qui n’a bu que de l’eau (ou une boisson essentiellement à base d’eau comme du Coca Cola ou de la limonade), ne peut pas s’associer au Zimmoune.

7. Cette règle n’est valable que pour le Zimmoune de dix personnes. Pour le Zimmoune de trois personnes, selon le Rambam et Marane l’auteur du Choul’hane ’Aroukh, il faut impérativement trois personnes ayant mangé du pain. D’autres pensent que si la troisième personne a consommé des aliments mézonote comme du couscous ou des pâtes, elle peut aussi s’associer. Suivant un troisième avis, même une personne qui a mangé des fruits ou bu une boisson peut compléter un Zimmoune de trois. En pratique, si deux personnes sont attablées et mangent du pain, et qu’une troisième les rejoint, elles doivent lui demander de consommer du pain, afin que tous puissent réciter le Zimmoune, conformément à l’avis du Rambam et du Choul’hane ’Aroukh. Mais si la troisième personne a mangé un kazaïte de fruits et ne désire pas consommer de pain, le Zimmoune se fera quand même, suivant la troisième opinion.

8. Une femme ne peut s’associer avec des hommes pour compléter le Zimmoune, pas même avec son mari ou ses fils. Cependant, si trois hommes sont présents, elle a l’obligation de répondre elle aussi au Zimmoune. Il est courant, lors des repas de chabbat par exemple, que les femmes récitent le Birkat hamazone sans attendre le Zimmoune en pensant être exemptées, ce qui est une erreur. Néanmoins, les femmes pourront dans ce cas faire un Zimmoune entre elles, sans attendre les hommes. Par contre, s’il y a dix hommes attablés, elles devront attendre leur Zimmoune, récité avec la mention du nom de Dieu.

9. Trois femmes ou plus qui ont mangé du pain ensemble, ont la mitsva de faire le Zimmoune entre elles. Elles n’en ont toutefois pas l’obligation. Par contre, elles ne peuvent dire “Elohénou”, quel que soit leur nombre. C’est seulement dans le cas où elles répondent au Zimmoune fait par dix hommes, que les femmes disent “Elohénou”. Il convient que chaque homme initie sa femme et ses filles à faire le Zimmoune entre elles, quand elles forment un trio.

10. Un jeune enfant qui comprend à qui il prie, c’est-à-dire dès l’âge de six ou sept ans (selon sa maturité), peut s’associer au Zimmoune. Un mineur (religieusement) peut compléter aussi bien un Zimmoune de trois qu’un Zimmoune de dix personnes. Par contre, on ne peut pas associer plus d’un mineur dans le Zimmoune.

11. Lorsqu’un mineur s’associe au Zimmoune, on ne peut lui donner à réciter le Zimmoune. Un des adultes officiera, et le mineur répondra avec le reste des participants.

12. C’est une grande mitsva de rechercher l’occasion de faire le Zimmoune en privilégiant de faire son repas en compagnie d’autres personnes, car le Zimmoune contribue à annuler les forces de l’impureté et à les repousser. Tout comme c’est une mitsva de chercher à former un groupe de trois pour réciter le Zimmoune, c’est encore mieux de rechercher un groupe de dix, afin de pouvoir le faire avec mention du nom de Dieu.

13. Celui qui n’a rien consommé et entend l’officiant dire “Névarèkh chéakhalnou michélo”, doit répondre: “Baroukh oumvorakh chémo tamid lé’olame va’èd” (Rendons grâce à Dieu et béni soit Son Nom à jamais). “[Rappel mnémotechnique: les initiales de cette phrase forment en hébreu les mots “bochète lo" – "honte à lui", c’est-à-dire honte à celui qui ne connait pas cette règle.] Dans le cas où dix personnes ont mangé ensemble, et que l’officiant dit “Elohénou”, il doit répondre “Baroukh élohénou oumvorakh chémo tamid lé’olame va’èd”. S’il n’entend que la réponse des participants disant “Baroukh chéakhalnou michélo etc.”, il répond après eux” "Amen”.

14. Selon certaines versions, l’officiant commence par: “Hav lane vénivrikh etc.” (Venons et récitons la bénédiction etc.). Il convient cependant d’omettre le mot “lane”, qui sous-entend la demande d’une coupe de vin pour réciter le Zimmoune, ce qui en général n’est pas le cas. Même lorsqu’on fait effectivement le Zimmoune sur une coupe de vin, la coupe est déjà entre les mains de l’officiant avant qu’il ne débute: “Hav lane vénivrikh etc.”, on dira donc seulement: “Hav vénivrikh etc.".

15. Lors d’un repas pris en présence d’un marié pendant les sept premiers jours, l’officiant ajoute dans le Zimmoune: “Névarèkh” (s’il y a dix personnes: “Elohénou”) chéhassim’ha bim’ono “chéakhalnou michélo” (Rendons grâce à notre Dieu qui fait régner la joie dans Sa demeure” et qui nous donne la subsistance), et les assistants répondent en conséquence. Cependant, lors d’un mariage avec danses mixtes, on ne rajoutera pas “chéhassim’ha bim’ono” car la Présence divine s’écarte d’un tel lieu, et mentionner que "Dieu fait régner la joie dans Sa demeure" n’est pas approprié.

16. Dans une maison d’endeuillés, l’officiant dit: “Névarèkh” (s’il y a dix personnes: “Elohénou”) ména’hème avélime “chéakhalnou michélo” (Rendons grâce à notre Dieu qui console les endeuillés” et qui nous donne la subsistance), et les assistants répondent en conséquence. On récite alors un Birkat hamazone particulier, comme nous le verrons dans les lois du deuil.

> Birkat hamazone récité sur une coupe de vin

17. Lorsqu’il y a un Zimmoune, c’est une mitsva de réciter le Birkat hamazone sur une coupe de vin. Cependant, cette habitude n’est pas courante de nos jours. Il semble que cela tienne au fait que, du temps de nos Sages, les gens avaient coutume de boire du vin pendant le repas, et il convenait d’en conserver pour le Birkat hamazone. De nos jours, on boit plutôt des jus pendant le repas, et du café ou du thé pour le dessert, la consommation de vin étant peu répandue en raison de son effet enivrant ; cette coutume s’est donc perdue. Malgré tout, il est recommandé de réciter le Birkat hamazone sur du vin le chabbat, s’il y a un Zimmoune et si on a l’intention de faire une sieste après le repas. Lors des réceptions, où l’on sert du vin à table, il faut veiller à faire le Birkat hamazone sur une coupe de vin.

18. Lorsqu’on récite le Birkat hamazone sur une coupe de vin, on commence à le réciter sur du vin non coupé par l’eau de la mézigua. Puis, dans la bénédiction de “nodé lékha”, au niveau du verset: “véakhalta véssav’ata ouvérakhta èt etc.” (Tu mangeras, seras rassasié et béniras, etc.), en disant le mot “èt”, on ajoute trois gouttes d’eau à la coupe de vin.

19. La coupe utilisée lors du Birkat hamazone doit être bien lavée de l’intérieur et rincée à l’extérieur. En ajoutant les trois gouttes d’eau, on doit arriver à obtenir une coupe pleine, sans qu’il soit nécessaire de la faire déborder.

20. Il faut veiller à ce qu’on n’ait pas goûté de la coupe avant de réciter le Birkat hamazone. Si par erreur, un jeune enfant a bu de ce vin, il faut y rajouter un peu de vin de la bouteille, ou un peu d’eau.

21. Il faut veiller à ce que la coupe soit intacte ; on ne doit pas utiliser une coupe ébréchée même légèrement, ou fêlée, mais on prendra un autre verre même s’il est moins beau. Si on ne dispose que d’une coupe "défectueuse" (dont on a goûté ou qui est un peu ébréchée), ou à posteriori, si la bénédiction a déjà été récitée, on est acquitté.

22. La mitsva est embellie si un tiers prend la coupe de deux mains pour la tendre à l’officiant. L’officiant reçoit lui aussi la coupe de ses deux mains, puis l’élève face à la poitrine du côté gauche, pour la tenir ensuite de la main droite uniquement. La coupe doit être élevée d’au moins un téfa’h (huit centimètres) au-dessus de la table. Tout ceci se fera avant que l’officiant ne commence le verset: “vaydabère élaï etc.” qui précède le “Zimmoune.”

>> Les autres lois relatives à la coupe du Birkat hamazone seront traitées à la fin du chapitre 26.

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