Les lois sur le deuil juif

1. Un endeuillé qui rentre du cimetière ne peut pas consommer son premier repas de chez lui. Ce sont ses enfants ou voisins ou proches qui lui donneront un repas. Onés, ou du pain et des olives. Si ses voisins ne lui ont rien préparé, ou qu’il n’a pas de connaissances, il n’a pas besoin de se laisser souffrir, et pourra consommer quelque chose de chez lui. Ces règles s’appliquent uniquement au premier repas après l’enterrement ; à partir du deuxième repas il peut manger normalement de ce qui lui appartient.

2. Voici les choses interdites pour un endeuillé: faire un travail, se laver, s’oindre, faire sa lessive, porter des chaussures en cuir, avoir des relations conjugales, saluer autrui, étudier la Torah ; il lui est également interdit de s’asseoir sur une chaise.

3. Lors du chabbat de la semaine du deuil, l’endeuillé respecte tous les interdits qui sont en privé, tel que se laver, avoir des relations conjugales ou même étudier la Torah (des sujets qui réjouissent). Cependant il ne suivra pas les mesures du deuil en public. Ainsi, aussitôt le” chabbat” entré, l’endeuillé peut porter des chaussures en cuir et changer ses vêtements en l’honneur du chabbat. En tout état de cause, il est interdit aux endeuillés de se laver entièrement le corps même la veille de chabbat. Ils se rinceront uniquement le visage, les mains et les pieds, à l’eau froide.

4. A la sortie de chabbat, l’endeuillé doit retirer ses habits de chabbat après la prière de ‘Arvit, et revêtir à nouveau ses vêtements qui portent la “Qéri’a”. Il enlèvera aussi ses chaussures en cuir. S’il a prié ‘Arvit alors qu’il faisait encore jour, il devra retirer ses vêtements du chabbat immédiatement après la sortie des étoiles.

5. Lorsque l’on récite le Birkat hamazone chez un endeuillé, si trois personnes ont participé au repas, elles doivent réciter le Zimmoune. Celui qui le récite doit le formuler comme suit: “Névarekh mena’hème avélime chéakhalnou etc.” (Bénissons le Consolateur des endeuillés qui a pourvu à notre nourriture). Et les autres répondent: “Baroukh mena’hème avélime etc." (“Béni est le Consolateur des endeuillés qui a pourvu à notre nourriture, et qui par Sa grande bonté nous fait vivre). S’ils sont dix personnes, ils doivent ajouter dans le Zimmoune le mot” "Elohénou”.

6. Chez un endeuillé, on récite les première et deuxième bénédictions du Birkat hamazone comme à l’accoutumée. Ensuite on récite la troisième bénédiction jusqu’à “ta’hazirénna limkomah bimhéra béyaménou” (si c’est un jour de chabbat ou de Roch ’Hodèche, on intercale “Rétsé” ou “Ya’alé véyavo”) puis on ajoute le passage “Na’hème etc.”, (comme cela est rapporté dans les siddourim) ; On conclut la bénédiction par” "Ména’hème tsiyyone bévinyane yérouchalayime” (Qui console Sion par la réédification de Jérusalem). La quatrième bénédiction est également spécifique d’une maison de deuil ; elle figure dans les siddourim. L’usage est de ne pas réciter les “hara’hamane”, ni l’endeuillé ni le reste de l’assistance.

7. Pendant le chabbat, si les endeuillés sont attablés avec d’autres personnes, ils réciteront le Birkat hamazone comme à l’accoutumée, puisqu’on ne doit pas montrer de signes de deuil en public pendant chabbat. Ceci est valable même si chacun récite son Birkat hamazone individuellement, à voix basse. Cependant, si les endeuillés mangent en famille uniquement, ils réciteront le Birkat hamazone spécifique aux endeuillés, comme énoncé dans le paragraphe précédent.

8. La prière récitée chez des endeuillés est classique ; on omettra juste Ta’hanoune. Seules modifications: quand on arrive au passage de “Ouva létsione”, on saute les deux premiers versets pour commencer directement par “véatta qadoche” ; de plus, après le psaume du jour, on récite le psaume 49 “Lamnatséa’h livné qora’h mizmor etc.”.

9. S’il n’y a pas de minyane qui est organisé chez l’endeuillé mais c’est lui qui se rend à la synagogue, on fera Ta’hanoune comme à l’accoutumée, à l’exception de l’endeuillé lui-même qui ne le dira pas. Toutefois, lorsque l’endeuillé vient à la synagogue le dernier soir de la semaine du deuil et que le public se rassemble pour écouter les oraisons funèbres dites en l’honneur du défunt, tous les fidèles ne disent pas Ta’hanoune à Min’ha.

10. Les sépharades ont l’usage de réciter le “Hallel” chez un endeuillé le jour de Roch ’Hodèche, à l’exception de l’endeuillé qui ne le récite pas. Si le septième jour de deuil survient à Roch ’Hodèche, il convient que l’officiant et l’assemblée récitent juste après la répétition de la ‘Amida les versets de consolation tels que “Lo yavo ’od chimchekh etc.” (qui figurent dans les siddourim), et l’endeuillé pourra alors réciter lui-aussi le “Hallel”. Pendant ‘Hanouka, l’endeuillé récitera le “Hallel” en entier avec bénédiction.

11. C’est une mitsva que le fils du défunt officie la prière pendant l’année de deuil, dans la mesure où il sait le faire convenablement. De même, c’est une mitsva qu’il lise la Haftara le chabbat après la lecture de la Torah. Cependant, s’il ne sait pas la lire correctement, tant au niveau de la prononciation des lettres et des voyelles qu’au niveau des Té’amime (signes de cantillation), il est préférable qu’il prenne la montée précédente (“Machlime”) et récite le qaddiche. Dans tous les cas, il ne faut pas faire de disputes ni de querelles pour cela, car la recherche de la paix apporte de la satisfaction au défunt, plus que toutes les commémorations et les “qaddiches “récités.

12. Un orphelin doit dire le qaddiche pour l’élévation de l’âme de ses parents pendant les douze mois qui suivent le décès ; il le récitera même le chabbat et les jours de fête. Il fera cependant une pause d’une semaine au début du douzième mois, pour reprendre la récitation du qaddiche jusqu’à la clôture des douze mois. Par contre, le qaddiche qui suit une étude pourra être récité sans interruption tous les douze mois. Une fois les douze mois révolus, même si l’année est bissextile, l’endeuillé n’a plus le devoir de réciter le qaddiche ; il peut toutefois continuer s’il le désire.

13. Notre maître Rabbi ’Haïm Vital écrit au nom du Ari zal que, contrairement à l’opinion commune, la raison pour laquelle on récite le qaddiche n’est pas uniquement pour sauver l’âme du défunt de l’enfer, mais aussi pour l’élever de niveau en niveau au paradis. Se référer également à ce que nous avons rapporté à ce propos dans les lois de la prière du matin (chapitre dix-sept).

14. La première année de décès des parents ou de proches, il est très important de lire chaque jour ainsi qu’à l’issue du chabbat, le chapitre sept du traité “Miqvaot”, tout en tâchant d’en comprenant le sens. On fera de même tous les ans, lors de la semaine du décès. Dans notre siddour, ce chapitre a été imprimé agrémenté d’un texte explicatif (en hébreu).

>> Les trois choses auxquelles on tient

Un homme, dans sa vie, tient essentiellement à trois choses: ses enfants (et petits-enfants), son argent et ses bonnes actions. Lorsqu’il s’apprête à quitter ce monde, il réunit ses enfants et petits-enfants et leur dit: Sauvez-moi de cette sinistre fin. Et eux de lui répondre: "Tu sais pourtant que l’on n’a aucune emprise sur le jour de la mort, ainsi qu’il est écrit: "…pas un ne saurait racheter son frère…" (Psaumes 49,8). Ses possessions qui lui sont tellement chères ne peuvent non plus le sauver, comme le poursuit le verset: "…ni donner à Dieu le coût de sa rançon" (Ibid.) ; et pourquoi cela? Car "le rachat de leur âme est à trop haut prix" (Ibid. 9). Abandonne donc cette idée, et va reposer en paix jusqu’à ce que "tu te relèves pour recevoir ton lot, à la fin des jours" (Daniel 12,13). L’homme, voyant cela, s’en va réunir toutes ses richesses et leur dit: Je me suis tellement investi pour vous, nuit et jour sans arrêt! De grâce, délivrez-moi de cette fin et sauvez-moi! Et eux de répondre: Ne sais-tu pas que "la fortune ne sert à rien au jour de la colère" (Proverbes 11,4). Il s’adresse ensuite à ses bonnes actions en les implorant: Venez me sauver de la mort, soutenez moi, et ne me laissez pas quitter ce monde, puisque vous avez un intérêt à ce que je sois sauvé… Et eux de lui répondre: Va en paix, avant que tu ne sois parvenu là-bas, nous t’y aurons déjà précédé, ainsi qu’il est écrit: "Ta vertu marchera devant toi et derrière toi la majesté de l’Eternel fermera la marche" (Isaïe 58,8).

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