Les Téfilines de Rabbénou Tam

1. Il y a une divergence d’opinion entre Rachi et Rabbénou Tam rapportée dans les Tossafot du traité talmudique de “Ména’hote”, à propos de la disposition des “parachiyot” (sections de la Torah inscrites sur les parchemins) dans les boîtiers des Téfilines. Selon Rachi, les “parachiyot” doivent suivre l’ordre de leur écriture dans la Torah, à savoir: “Qaddèche li”, “Véhaya ki yéviakha”, Chéma’et “Véhaya ime chamoa’”. D’après Rabbénou Tam cependant, les “parachiyot” qui commencent par “Véhaya” doivent être au milieu, ce qui donne”: “Qaddèche li”, “Véhaya ki yéviakha”, “Véhaya ime chamoa’ “et enfin Chéma’. Beaucoup de grands décisionnaires se rangent à l’avis de Rabbénou Tam, mais beaucoup également pensent comme Rachi. Chacune de ces deux opinions rend défectueux des Téfilines confectionnés selon la seconde opinion.

2. En pratique, c’est l’avis de Rachi qui a été adopté. Cependant, Marane dans le Choul’hane ’Aroukh écrit que toute personne craignant Dieu devra s’acquitter des deux avis et se pourvoir de deux paires de Téfilines, une selon l’opinion de Rachi, et une autre selon celle de Rabbénou Tam, afin de ne pas être, ne serait-ce que dans le doute, une personne ne mettant pas les Téfilines. Mais, pour ne pas enfreindre d’un autre côté l’interdit d’ajouter aux commandements de la Torah, on pensera en les mettant que l’on veut s’acquitter de la mitsva par la paire de” Téfilines” qui est valable, et que l’autre n’est que de simples lanières.

3. A priori, il convient de mettre les deux paires de Téfilines en même temps, afin de réciter la bénédiction sur les deux, et en être paré lors de la récitation du Chéma’et de la ‘Amida. Les boîtiers des Téfilines du bras devront à cet effet être particulièrement petits, de manière à ce que la taille des deux boîtiers réunis n’excède pas huit centimètres, pour que tous les deux soient posés sur la partie inférieure du biceps (cf. infra chapitre cinq, paragraphe 6). Cependant, à postériori, si les boîtiers des Téfilines sont un peu grands et dépassent sur la partie supérieure du biceps, il reste tout de même préférable de poser les deux paires en même temps, puisque d’après la loi stricte, tout le biceps est convenable pour la mise des Téfilines. Toutefois, notre maître le Richone létsiyone Rav ’Ovadia Yossef pense que, dans ce cas, on ne mettra pas les deux paires ensemble, mais plutôt l’une après l’autre.

4. Si on met les deux paires de Téfilines ensemble, on doit enfiler sur le bras tout d’abord la paire de Rachi, puis par-dessus celle de Rabbénou Tam. Par contre lorsqu’on enroule les lanières autour du bras, c’est la lanière du Téfilines de Rachi qui recouvrira celle du Téfilines de Rabbénou Tam.

5. En ce qui concerne le Téfilines de la tête, la lanière du Téfilines de Rabbénou Tam sera d’un périmètre inférieur à celle du Téfilines de Rachi. Pour les poser, on tient les deux Téfilines en même temps, et on les enfile de telle sorte que celui de Rachi soit à l’extérieur et celui de Rabbénou Tam à l’intérieur ; puis on ajuste la lanière du Téfilines de Rachi, et ensuite celle de Rabbénou Tam. Le boîtier du Téfilines de Rachi se trouve ainsi juste au-dessus du front, sous celui de Rabbénou Tam et le nœud arrière (en forme de “dalète”) de Rachi également, sous celui de Rabbénou Tam.

6. On prendra garde à ce que les boîtiers des deux Téfilines ne reposent pas l’une sur l’autre. On veillera de même pour les noeuds des lanières, à l’arrière.

7. Comme on l’a dit, la lanière du Téfilines doit être bien serrée autour de la tête. Il arrive lorsque l’on porte deux paires de Téfilines à la fois, que celui de Rabbénou Tam soit un peu lâche, en raison du fait que le périmètre de la lanière est petit. On devra alors élargir un peu la lanière, même si lorsqu’on l’ajuste elle pénètre alors sous celle de Rachi. Cette dernière ne sera pas considérée comme un obstacle entre la tête et la lanière de Rabbénou Tam, puisque toutes les deux sont une seule et même catégorie d’objet. On devra néanmoins s’assurer dans ce cas que le Téfilines de Rabbénou Tam soit bien ajusté et saisisse la tête de lui-même, et ne soit pas maintenu grâce au Téfilines de Rachi. Par conséquent, il est recommandé d’avoir des boîtiers petits autant que possibles, ce qui permet d’une part de le poser à l’endroit convenable, et d’autre part de bien les ajuster autour de la tête.

8. Celui qui ne met pas les Téfilines de Rachi et Rabbénou Tam en même temps, mais l’un après l’autre, doit tout d’abord se parer de ceux de Rachi en récitant la bénédiction, et les conserver pour la lecture du Chéma’et la ‘Amida. Après la prière seulement il mettra les Téfilines de Rabbénou Tam, sans bénédiction, et lira de nouveau les deux premiers paragraphes du Chéma’ (Chéma’ et” Véhaya ime chamoa’”). Certains décisionnaires pensent qu’il convient également de réciter à nouveau les passages de “Qaddèche li” et de “Véhaya ki yéviakha”. Celui qui le fait est digne de bénédiction.

9. Il est également interdit de s’interrompre entre la pose du Téfilines du bras et de celui de la tête de Rabbénou Tam. Bien que le problème d’avoir à refaire la bénédiction ne s’applique pas (comme c’est le cas pour les Téfilines de Rachi, tel que nous l’avons vu au chapitre cinq, paragraphe 24), puisqu’on ne récite aucune bénédiction sur les Téfilines de Rabbénou Tam, il est malgré tout interdit de s’interrompre, puisque le verset énonce: "Il sera en signe sur ton bras, et en ornement entre tes yeux". Le singulier a été ici employé, pour signifier que les deux Téfilines, du bras et de la tête, doivent être posés dans un seul mouvement, sans interruption ni distraction. Cette exigence est également valable pour les Téfilines de Rabbénou Tam.

10. Il est interdit de s’interrompre entre les Téfilines du bras et ceux de la tête de Rabbénou Tam, même pour dire des paroles de Torah ou répondre “Baroukh hou ouvaroukh chémo”. Il est toutefois autorisé de répondre à un” qaddiche”, à une kedoucha, et Amen aux bénédictions. De même, celui qui a posé le Téfilines de Rabbénou Tam du bras et entend subitement le tonnerre, pourra réciter la bénédiction (“Chéko’ho ougvourato”), car sinon il manquera la mitsva. Il mettra ensuite seulement le Téfilines de la tête. La meilleure façon de procéder pour celui qui, après avoir posé le Téfilines du bras, a dû s’interrompre pour répondre Amen ou autre, est de réajuster son Téfilines du bras, puis poser ensuite celui de la tête immédiatement. Il ne sera cependant pas nécessaire d’enlever entièrement les Téfilines du bras pour les remettre.

11. Ceux qui ont pris l’habitude de mettre les Téfilines de Rabbénou Tam pendant la répétition de la ‘Amida n’agissent pas convenablement. En effet, bien qu’il soit autorisé de répondre Amen aux bénédictions tandis que l’on pose les Téfilines de Rabbénou Tam, il est tout de même préférable de ne pas se mettre dans une telle situation. En outre, il faut être concentré sur la répétition de la ‘Amida, et il est interdit de s’occuper de toute autre chose. Certains posent leurs Téfilines de Rabbénou Tam avant la kedoucha de “Ouva létsione”, afin de réciter une kedoucha parés de ces Téfilines, et c’est ainsi qu’il convient d’agir.

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