Prière de Min’ha & Engagement à un jeûne

> Prière de Min’ha

Nos maîtres ont dit: Tout homme doit faire très attention à la prière de Min’ha, car ce n’est que lors de cette prière que fut exaucé le prophète Elie.

1. On peut commencer à prier Min’ha à partir de trente minutes après la mi-journée (‘Haçote) ; c’est ce qu’on appelle la “Min’ha guédola”. A priori, il convient de ne pas prier à cet horaire mais attendre que s’écoulent neuf heures et demi saisonnières depuis le début de la journée (ce qui correspond à deux heures et demi saisonnières avant le coucher du soleil) ; c’est ce qu’on appelle la “Min’ha qétanna”. Celui qui prie à “Min’ha guédola “est néanmoins acquitté à posteriori. Il existe cependant certaines occasions dans lesquelles on a le droit de prier “Min’ha guédola” à priori, comme nous allons le voir dans les paragraphes suivants (les horaires de “Min’ha guédola” et de “Min’ha qétanna” sont inscrits dans les calendriers).

2. Celui qui, l’après-midi, désire manger du pain ou du gâteau d’une quantité supérieure à cabbétsa (50 cm3), ou bien déjeuner d’un plat à base des cinq céréales comme des pâtes ou du couscous, doit auparavant prier Min’ha s’il n’a pas d’heure invariable à laquelle il fait cette prière et que personne ne pourra lui rappeler de prier. Ceci est valable même si n’est pas encore venu l’horaire de “Min’ha qétanna” ; on priera alors “Min’ha guédola”. Si toutefois on a l’habitude de prier Min’ha à une heure fixe, ou alors que l’on demande à une personne d’être notre "gardien" et de nous rappeler de prier Min’ha, il est permis de manger avant de prier, mais il reste quand même préférable de prier auparavant “Min’ha guédola”, selon le Richone létsiyone Rav ‘Ovadia Yossef. Le “Roch YéchivaRavMéïr Mazouz pense quant à lui que l’on peut prendre d’abord notre repas sans problème, pour prier ensuite “Min’ha qétanna”, tant que la prière est effectuée à un horaire fixe, et que telle a d’ailleurs toujours été la coutume dans les communautés séfarades, de prier “Min’ha qétanna” exclusivement.

3. En conséquence, d’après notre maître le Rav ‘Ovadia Yossef, un “kollel” ou une Yéchiva qui ont des horaires fixes respectivement pour le déjeuner et pour la prière de Min’ha, devront choisir de prier en premier lieu “Min’ha guédola”. D’après le deuxième avis, il leur faudra au contraire prier “Min’ha qétanna”. Cependant, si cela engendre une perte de temps pour l’étude de la Torah, comme en hiver où les journées sont courtes et que les étudiants seraient obligés d’interrompre leur étude pour prier “Min’ha qétanna”, il convient selon tous les avis de prier “Min’ha guédola” au début de la pause du midi.

4. Tout ce qui a été vu s’applique dans le cas d’un repas ordinaire. Cependant, si on s’apprête à s’attabler pour un repas considérable, comme lors d’une réception, on doit auparavant prier “Min’ha guédola”. On ne pourra pas compter sur un tiers qui nous rappellerait de prier.

5. Il est permis à priori de prier “Min’ha guédola” en cas de besoin, par exemple si on se trouve dans un lieu où un minyane est présent pour “Min’ha guédola” mais ne le sera pas pour “Min’ha qétanna”, ce qui nous obligerait à prier ailleurs. Pour la même raison, celui qui doit voyager et craint de prendre du retard en route, ou de ne pas trouver un minyane à destination, ou encore de ne pas pouvoir prier tranquillement à son arrivée vu la justesse de l’horaire, pourra prier “Min’ha guédola” à priori.

6. A priori, il faut achever de prier Min’ha avant le coucher du soleil. A posteriori, on pourra prier jusqu’à la sortie des étoiles, à la condition de pouvoir achever la ‘Amida du moins en majorité avant cet horaire. Dans le cas contraire, on n’est pas autorisé à prier Min’ha.

7. La sortie des étoiles survient selon nos Sages après le laps de temps nécessaire pour parcourir la distance de trois quart de” mile” à partir du coucher du soleil. Selon certains avis, ce délai est de dix-sept minutes après le coucher du soleil, le “mile” se parcourant entre vingt-deux minutes et demie et vingt-quatre minutes , Gaon de Vilna). Telle est aussi l’opinion du Roch Yéchiva Rav Méir Mazouz. D’autres sont d’avis que ce temps débute treize minutes et demie après le coucher du soleil. Le Richone létsiyone Rav ‘Ovadia Yossef partage cet avis, mais permet malgré tout de commencer sa ‘Amida même si on ne pourra pas l’achever avant cet horaire, à condition toutefois que la majorité de la ‘Amida soit achevée dans les dix-huit minutes du coucher du soleil. (Cette permission concerne la ‘Amida que l’on récite à voix basse mais pas la répétition – cf. paragraphe suivant).

8. Dans le cas d’une communauté qui est en retard pour la prière de Min’ha et qui ne pourra conclure la répétition de la ‘Amida avant la sortie des étoiles, on doit procéder comme suit: l’officiant lit à voix haute le passage de “A-donaï séfataï tifta’h” jusqu’à “Haèl hakadoche” en intercalant la kedoucha comme il se doit, et les fidèles l’accompagneront mot à mot à voix basse. Ensuite, chacun poursuivra sa ‘Amida à voix basse, de manière à terminer la prière avant la sortie des étoiles.

9. On peut réciter le Vidouï et les treize attributs de Miséricorde de la prière de Min’ha après le coucher du soleil, mais la coutume est de ne pas dire la “Néfilat appayime” (i.e. “Lédavid élekha etc.”). Cependant, le Richone létsiyone Rav ‘Ovadia Yossef est d’avis que puisqu’on ne récite plus ce psaume en position inclinée dans nos communautés, il est permis de le dire après le coucher du soleil.

10. Tout ce qui a été dit précédemment suit l’avis de l’ensemble des Sages de la Michna pour lesquels Min’ha peut être récitée jusqu’au soir, et ‘Arvit à partir de la soirée. Cependant, selon le “Tana” Rabbi Yéhouda, la prière de Min’ha peut être récitée jusqu’au “Pélag hammin’ha”, c’est-à-dire la mi-temps de “Min’ha qétanna” (une heure et quart avant le coucher du soleil). Après cet horaire, c’est le moment de prier ‘Arvit. Le Talmud statue que l’on peut suivre l’un ou l’autre avis, à condition, précise le Choul’hane ’Aroukh, de s’en ternir au même avis de manière constante. Ainsi, si on a l’habitude de prier Min’ha jusqu’au coucher du soleil, on ne peut jamais prier ‘Arvit dès le “Pélag hammin’ha”. À l’inverse, si on a l’habitude de prier ‘Arvit à partir du “Pélag hammin’ha”, on ne peut plus prier Min’ha à cet horaire. De nos jours, puisqu’on a pris l’habitude de prier Min’ha jusqu’au coucher du soleil, on ne pourra pas prier ‘Arvit auparavant.

11. En cas de nécessité (ou bien le vendredi où il convient d’avancer l’heure de l’entrée du chabbat), même celui qui a l’habitude de prier Min’ha jusqu’au coucher du soleil pourra avancer la prière de ‘Arvit avant le coucher du soleil, à condition d’avoir prié Min’ha ce jour-là avant le “Pélag hammin’ha”, car sinon il serait paradoxal de prier Min’ha et ‘Arvit dans la même tranche d’horaire. Dans un cas extrême, on pourra même permettre ce dernier cas afin de préserver la prière avec minyane, s’il y a lieu de craindre que l’attente entre les deux prières ne disperse les fidèles et qu’il soit impossible de constituer un nouveau minyane, ou toute autre raison semblable. Néanmoins, à priori, on doit dans ce cas prier Min’ha avant le “Pélag hammin’ha”.

12. Il y a une controverse quant au calcul du “Pélag hammin’ha”. Certains pensent que cet horaire tombe une heure et quart saisonnière avant le coucher du soleil ; pour d’autres, une heure et quart saisonnière avant la sortie des étoiles. L’avis retenu est de prendre en compte le coucher du soleil. C’est pourquoi, si on désire prier ‘Arvit avant le coucher du soleil, on doit faire attention de terminer la prière de Min’ha une heure et quart saisonnière avant le coucher du soleil. On pourra ensuite prier ‘Arvit. L’horaire du “Pélag hammin’ha “indiqué dans les calendriers correspond généralement à cet avis.

13. Il faut se laver les mains (sans bénédiction) avant toute prière, même si celles-ci sont propres. Cependant, si on vient de le faire pour une autre raison, comme par exemple après avoir été aux toilettes, et qu’on a veillé à conserver ses mains propres de toute impureté, il ne sera pas nécessaire de le faire à nouveau. De même, celui qui s’est lavé les mains avant une session d’étude de Torah précédant la prière, est dispensé de les laver à nouveau, car on fait attention à garder ses mains propres quand on étudie.

14. C’est une grande mitsva de faire partie des dix premiers arrivés à la synagogue, même pour la prière de Min’ha.

15. Notre maître le Ari zal avait l’habitude de mettre de l’argent à la “tsédaka” avant la prière de “Min’ha “également. Il donnait trois pièces, comme pour le matin à “Vayévarekh David”. Il est recommandé de le faire quand on récite dans le “Achré” les mots “oumassbi’a lékhol ’haï ratsone”.

> Les lois sur l’engagement à un jeûne

16. Une personne désirant accomplir un jeûne à titre privé, par exemple pour le jour d’anniversaire de décès d’un parent, ou à certaines dates particulières du calendrier, ou encore un jeûne décrété par la communauté pour conjurer un malheur, devra impérativement prononcer un engagement à jeûner la veille de ce jour, avant le coucher du soleil. S’il ne l’a pas fait, son jeûne ne sera pas considéré comme tel, et il ne pourra pas réciter le passage de “’Anénou” dans la ‘Amida.

17. Cet engagement à jeûner se récite donc la veille, dans la prière de” Min’ha”, soit dans la bénédiction de “Chéma’ qolénou” soit juste avant de faire les trois pas en arrière. On doit dire alors "Demain, je jeûnerai à titre privé. Puisse ma prière formulée lors de ce jeûne être acceptée". Il est bon de réciter la version plus détaillée, figurant dans les livres de prières avant “’Ossé chalome”.

18. Le Ben Ich Haï a institué un texte d’engagement au jeûne particulier pour ceux qui jeûnent le jour du décès de leurs parents, comme nous l’avons imprimé dans nos siddourim.

19. Celui qui fait un jeûne privé ne mentionne pas “’Anénou” dans la prière du matin, mais seulement dans la prière de Min’ha, dans la bénédiction de “Chéma’ qolénou”. En cas d’oubli, il pourra dire “’Anénou” après le dernier “yihyou lératsone” de la ‘Amida. S’il a complètement omis de le réciter, il ne recommence pas la ‘Amida.

20. A la fin de tout jeûne privé, il est conseillé de réciter la prière de “Ribbone ha’olamime” (rapportée dans le Talmud et dans le Choul’hane ’Aroukh) après le passage de “Élohaï nétsor” de la ‘Amida de Min’ha (comme nous l’avons imprimé dans nos siddourim). 

Tefila web