Règles concernant un objet mouktsé le chabbat

> Les règles du mouktsé

>> Introduction aux règles concernant le déplacement d’un objet mouktsé le chabbat

Nos Sages ont interdit de déplacer certains objets le chabbat. Quelle est la raison de cette interdiction?

1. Nous avons vu que les Prophètes (voir Isaïe 58,13) nous ont ordonné de veiller à ce que notre démarche le chabbat ne soit pas hâtive comme celle de la semaine, que nos sujets de conversation du chabbat soient différents aussi du reste de la semaine (ne pas parler de commerce, de travail etc.). Bien que ces choses-là ne demandent pas d’efforts et ne sont pas antithétiques au repos caractéristique du chabbat, elles ont tout de même été interdites. A plus forte raison, nos Sages ont vu la nécessité d’interdire le déplacement d’objets le chabbat de la même manière qu’en semaine, afin que le jour du chabbat n’ait pas pour nous la teneur d’un jour banal de semaine, et que l’on passe cette journée sainte à ramasser des objets divers et les transporter d’un endroit à l’autre, ou à faire du rangement. Ceci constituerait en effet un manquement à l’objectif même du chabbat, inscrit dans la Torah: "Afin que se repose etc." (Deutéronome 5,14).

2. Un autre raison est donnée: si on autorise le déplacement d’objets qui servent à un usage interdit le chabbat (comme un marteau et des clous, un stylo, ou encore des appareils électriques), cela peut nous amener par erreur à utiliser ces objets pour le travail interdit pour lequel ils ont été conçus et venir ainsi à transgresser le chabbat.

3. Une explication supplémentaire est que si l’on autorise le déplacement d’objets sans restriction, on pourra aisément en arriver par mégarde à les faire sortir du domaine privé au domaine public, et transgresser par-là même l’interdiction de la Torah de transporter d’un domaine à l’autre.Pour toutes ces raisons, nos Sages ont donc interdit de déplacer même des objets dont l’usage est permis (comme des chaises, un banc, un vêtements, des clefs), sauf si on désire les utiliser. En outre, les objets que la personne ne compte pas utiliser pendant le chabbat (ce qui peut être pour des raisons diverses, comme nous le verront plus loin) prennent le statut de mouktsé, et il est interdit de les déplacer même pour les utiliser (comme nous allons le développer).Il existe six catégories différentes de mouktsé:

1. “Les objets servant à un travail permis.2. “Les objets servant à un travail défendu.3. “Les objets qui risquent de perdre de leur valeur lorsqu’on les utilise.4. “Les objets mouktsé par nature.5. “Les objets mouktsé à cause d’un interdit.6. “Les objets servant exclusivement à l’accomplissement d’une mitsva.

Nous allons expliciter ces différentes catégories dans les parties suivantes. Par souci de simplification, ce chapitre sera divisé en huit parties.

Partie 1. Les objets servant à un travail permis

1. Il s’agit d’un objet qui sert généralement pour un usage permis le chabbat, comme par exemple une chaise, une table, un banc, un coussin, des vêtements ou autre. Même si parfois cet objet est parfois utilisé pour un usage interdit le chabbat, il conserve néanmoins son statut d’objet à usage permis, comme nous le verrons dans la deuxième partie (au paragraphe 14).

2. Il est permis de déplacer pendant chabbat un objet à usage permis afin de l’utiliser, ou si l’on a besoin de l’endroit où il est posé. Il est en outre permis de le déplacer pour le protéger d’un vol éventuel ou d’une détérioration quelconque, ou même pour mettre simplement de l’ordre dans la maison en l’honneur du chabbat. En revanche, déplacer inutilement ces objets sans aucune raison est interdit.

3. Par conséquent, quelqu’un qui s’ennuie et cherche à s’occuper, n’a pas le droit de déplacer même des objets à usage permis s’il le fait sans but précis, juste pour passer le temps, ce qui n’est pas considéré comme un besoin. De même, celui qui a amené un objet, et après l’avoir posé, s’est rendu compte qu’il n’en avait pas besoin, n’a pas le droit de le remettre à sa place, sauf si c’est pour préserver l’objet ou ranger la maison.

4. Il est autorisé de déplacer le chabbat des aliments, des boissons et des livres saints, même sans nécessité.

5. Un éventail destiné à chasser les mouches ou s’éventer s’il fait chaud, est considéré comme un objet à usage permis.6. Un balai compte aussi dans la catégorie des objets à un usage permis, puisqu’il est permis de balayer un sol carrelé le chabbat. En revanche, une raclette pour le sol est un objet à usage interdit puisqu’il est interdit de laver le sol le chabbat, même carrelé.

7. Il est autorisé de déplacer à l’intérieur de la maison un bracelet-montre mécanique pour le protéger d’un vol éventuel ou éviter qu’il ne s’abîme, comme tout objet à usage permis le chabbat. Cependant si la montre est cassée et doit être réparée, ou même si elle a cessé de fonctionner parce qu’il faut la remonter, il sera interdit de la déplacer pendant chabbat.

8. Concernant un bracelet-montre à pile, certains autorisent de la déplacer le chabbat, à l’image des autres objets à usage permis, et tel est l’avis de notre maître le Richone létsiyone Rav ’Ovadia Yossef. D’autres interdisent puisque la pile et le courant sont mouktsé et interdits au déplacement autant qu’une bougie. C’est l’avis du Roch Yéchiva Rav Méir Mazouz.Deuxième partie”

Partie 2. Les objets servant à un travail interdit

1. Un objet servant à un travail interdit est un objet spécifiquement réservé à une utilisation interdite le chabbat ; par exemple: un marteau, des clous, un stylo, une aiguille à coudre, des ciseaux de couture, un porte-monnaie, un “shofar”, des instruments de musique, une casserole, une poêle, un téléphone, etc.

2. Il est autorisé de déplacer un objet servant à un travail interdit le chabbat uniquement si on a besoin de cet objet ou de son emplacement: il sera permis de déplacer l’objet pour en faire un usage permis le chabbat (par exemple déplacer un marteau pour casser des noix), ou si l’on a besoin de l’endroit où est posé cet objet (par exemple déplacer un marteau posé sur une table afin de pouvoir utiliser la table). Il sera défendu de déplacer un objet à usage interdit à une fin autre que celles-ci.

3. Comme cela a été dit précédemment, il est autorisé de déplacer un marteau pour casser des noix. De même, il est permis d’utiliser une aiguille pour extraire une écharde de sa chair, ou pour attacher les pans de son vêtement, puisqu’il s’agit d’un déplacement par besoin de l’objet.

4. Il est permis de déplacer un objet à usage interdit afin d’avoir accès à un autre objet posé en-dessous, cela équivaut au besoin de son emplacement.

5. Un pilon à ail est un objet à usage interdit. Cependant, s’il est suspendu à un clou sur un mur, et que par-derrière est suspendue une louche que l’on désire prendre, il est permis de retirer le pilon pour avoir accès à la louche.

6. Il est autorisé d’ouvrir la porte d’un lave-vaisselle qui ne fonctionne pas [si cela ne déclenche aucune action électronique] afin de se servir de la vaisselle qui s’y trouve. De même est-il permis d’ouvrir la porte d’un sèche-linge pour prendre un vêtement de l’intérieur.

7. Il est défendu de déplacer un objet à usage interdit uniquement pour le protéger et non par besoin de l’objet même ou de son emplacement. Ainsi, si un objet se trouve au soleil et que l’on craint qu’il ne se détériore, il est interdit de déplacer pour le mettre à l’ombre ; de même s’il se trouve dans un endroit non surveillé, il ne sera pas permis de le déplacer pour le mettre en lieu sûr.

8. Il sera permis de déplacer un objet à usage interdit qui se trouve dans un endroit où il est susceptible de se détériorer, en le prenant afin de l’utiliser ou d’utiliser son emplacement, même si son intention principale reste de le protéger. On pourra ensuite déposer l’objet où on veut, tant qu’on le tient en main

9. Certains décisionnaires permettent de déplacer un objet servant à un travail interdit même avec la seule intention de le protéger, en déposant dessus un autre objet qu’il est permis de déplacer comme un morceau de pain, ou une assiette ou autre ustensile permis. D’autres décisionnaires l’interdisent. En pratique, le Rav Moché Lévi a tranché qu’il convient de montrer strict, sauf dans un cas de force majeure ou de grande perte, auquel cas on pourra s’appuyer sur l’avis plus tolérant. L’opinion de notre maître le Richone létsiyone Rav ’Ovadia Yossef est de permettre même à priori.

10. Il est interdit de déplacer des objets à usage interdit dans la seule intention de mettre de l’ordre dans la maison, car ce n’est pas considéré comme avoir besoin de leur emplacement. On pourra cependant le faire avec un “chinouï”, c’est-à-dire d’une manière différente et inhabituelle.

11. Des Téfilines sont considérés comme servant à un travail interdit. Il sera donc autorisé de déplacer pour « eux-mêmes » (par exemple étudier la forme du “Chine”) ou pour utiliser la place qu’ils occupent (par exemple dans le cas où elle se trouve sur une table dont on a besoin). Par contre, s’ils se trouvent dans un endroit où l’on craint qu’ils ne s’abîment (au soleil par exemple), on ne pourra les déplacer, sauf si on pense aussi à utiliser leur emplacement (comme cela a été expliqué précédemment dans le paragraphe 8).

12. Si des Téfilines sont déposés sur un Talit que l’on veut prendre, il est permis de les retirer. Toutefois, s’il est possible de tirer le Talit de dessous les” Téfilines”, il sera interdit de les retirer, car cela reviendrait à les déplacer sans nécessité (comme nous le verrons plus loin au paragraphe 17).

13. Si des Téfilines sont posés de manière degradante, il est permis de les déplacer et les déposer autre part.

14. Un objet servant en général à un travail permis ainsi qu’à un travail interdit tout à la fois a le même statut qu’un objet à usage exclusivement permis. Il sera donc permis de le déplacer même pour le protéger. Tel est le cas par exemple d’une échelle de maison. En revanche, un objet que l’on utilise majoritairement pendant la semaine pour un travail défendu (comme une échelle de professionnel), il sera considéré comme un objet à usage interdit, qu’on ne pourra déplacer que pour l’utiliser ou pour son emplacement.

15. Une casserole est considérée comme un objet à usage interdit puisque sa fonction principale est de cuire, qui est un acte interdit le chabbat ; bien que les plats y sont en général conservés jusqu’à qu’on les serve, cela ne représente qu’une utilisation secondaire. Cependant si on a l’habitude d’en faire d’autres utilisations, comme y entreposer des fruits par exemple, on prendra en compte l’utilisation majoritaire: si on l’utilise la plupart du temps pour la cuisson, la casserole sera considérée comme objet à usage défendu. Le cas contraire, on lui appliquera les règles d’un objet à usage permis.

16. En tout état de cause, tant que le plat est encore à l’intérieur de la casserole, elle a le même statut que les aliments qu’elle contient et il sera permis de la déplacer même pour la protéger uniquement. En effet, tout le temps qu’elle contient le plat, elle lui est accessoire, lui servant de support. Il en est de même concernant un moule à gâteau. Le moule en lui-même est un ustensile à usage interdit, mais tant qu’il contient le gâteau, il a le même statut que le gâteau.

17. Il est interdit d’utiliser un objet mouktsé pour en faire un usage permis le chabbat, si on peut effectuer l’action désirée en évitant de l’utiliser, même si cela est moins aisé. Par conséquent, il sera interdit de déplacer un objet à usage interdit pour s’asseoir à sa place si on peut s’asseoir ailleurs, même si le siège où repose cet objet est un peu plus confortable.

18. Si on dispose de manière égale d’un objet à usage interdit et d’un autre objet à usage permis, certains sont d’avis qu’on peut utiliser celui que l’on désire, sans devoir préférer l’objet permis. D’autres pensent qu’il faut à priori utiliser l’objet permis, si cela ne nous occasionne aucun désagrément ou effort.

Partie 3. Les objets qui risquent de perdre de leur valeur

1. Un objet dont l’utilisation habituelle est l’accomplissement d’un travail interdit et dont le propriétaire veille à ne pas l’utiliser pour un usage autre que celui auquel il est d’ordinaire destiné par crainte qu’il ne se détériore est appelé mouktsé par crainte d’une perte d’argent". Il est mouktsé car son propriétaire le réserve à son utilisation interdite et ne pense pas du tout l’utiliser pendant chabbat pour tout autre usage, par crainte d’une perte de la valeur de l’objet.

2. Il est interdit de déplacer pendant chabbat un objet mouktsé qui risque de perdre de sa valeur quelle qu’en soit la raison, même si l’on veut l’utiliser ou utiliser son emplacement, et à plus forte raison si on veut le déplacer pour éviter qu’il ne s’abîme.

3. Voici quelques illustrations d’objets mouktsé par crainte d’une perte de leur valeur: un couteau utilisé pour l’abattage rituel ou pour la circoncision, un couteau de sofère (scribe) qui lui sert à aiguiser les plumes, des bougeoirs en verre, en argent ou en or (même si on ne les a pas utilisés ce chabbat), du tissu que l’on veut utiliser pour confectionner un habit, du papier à lettres, le parchemin d’un scribe etc. Dans tous ces cas en effet, on prend garde à utiliser les objets uniquement pour l’usage auquel ils sont destinés. Il sera donc interdit de déplacer tous ces objets le chabbat (ni pour les utiliser pour un usage permis ni pour utiliser leur emplacement puisque l’usage habituel est interdit le chabbat). De tels objets sont considérés comme mouktsé par crainte d’une perte de leur valeur.

4. Il est interdit de déplacer le chabbat des factures importantes, des lettres d’affaire, et tout document de valeur. En effet, on veille à ne pas s’en servir pour n’importe quel usage, et on ne peut bien sûr pas les utiliser pour l’usage auquel ils sont destinés – puisqu’il est interdit de les consulter pendant chabbat. Ces documents sont donc considérés comme mouktsé par risque d’une perte de leur valeur.

5. Celui qui a des objets neufs chez lui qu’il ne compte pas utiliser à titre personnel mais qu’il désire par exemple vendre ou offrir, de tels objets sont interdits au déplacement si leur propriétaire veille à ne jamais les utiliser. Par contre, si le propriétaire ne voit pas d’inconvénient à ce qu’on les utilise même s’ils sont destinés à la vente, parce qu’ils ne subiront aucune détérioration suite à cet usage, il sera permis de les déplacer. Cela est valable même si avant chabbat il n’avait pas prévu de les utiliser.

6. Il est interdit de déplacer une montre-bracelet qui s’est cassée (même si on a l’intention de la réparer après chabbat). Elle est considérée comme un objet mouktsé par crainte d’une perte de sa valeur, puisqu’en général on veille à ne l’utiliser pour aucun autre usage et quelle n’est plus utilisable pour l’usage auquel elle était destinée. Dans son esprit, elle est donc classée hors d’usage pour le chabbat.

7. Des verres de contact qui sont tombés de la monture d’une paire de lunettes sont également considérés comme mouktsé par crainte d’une perte de leur valeur. Il sera donc interdit de les déplacer même si ils sont tombés pendant chabbat. En revanche, s’ils sont tombés dans un endroit où ils peuvent s’abîmer, par exemple s’ils sont tombés par terre et qu’il y a un risque que quelqu’un les écrase par inadvertance, il est permis de les déplacer et les ranger dans un endroit plus sûr ; ensuite, on ne pourra plus les déplacer à nouveau.

8. Il est interdit de déplacer pendant chabbat des fruits d’Israël dont on n’a pas effectué les prélèvements, puisqu’on a l’habitude de déplacer des fruits uniquement pour les consommer et non pour d’autres usages. Or il est impossible de consommer ces fruits pendant chabbat, puisque les prélèvements n’ont pas encore été effectués. Ainsi ils ne sont aptes à aucun usage permis et sont donc considérés mouktsé par crainte d’une perte de leur valeur. Il en est de même pour du pain dont la ‘Halla n’a pas été prélevée avant chabbat.

9. Il existe une solution pour celui qui n’a pas pu prélever avant chabbat la dîme des fruits ou la ‘Halla du pain. On peut en effet dans ce cas faire avant l’entrée du chabbat un “ténaï”, c’est-à-dire une condition stipulant que ce que l’on prélèvera par la suite pendant chabbat sera considéré comme étant prélevé dès à présent. (Il sera ensuite permis de cette façon de prélever les dîmes et prélèvements nécessaires). Dans cette hypothèse, les fruits ou le pain ne seront pas considérés du tout comme mouktsé, puisqu’on a la possibilité de les rendre aptes à la consommation pendant chabbat.

Partie 4. Les objets mouktsé par nature

1. Tout objet qui n’est pas un aliment comestible ni un récipient (ni même le débris d’un récipient), bien qu’il soit possible de l’utiliser pendant chabbat pour une fonction quelconque, il est interdit de le déplacer pendant chabbat, et ce même pour l’utiliser ou utiliser son emplacement. On désigne cette catégorie sous le nom de mouktsé par nature", c’est-à-dire qu’il est rendu mouktsé par le simple fait que de par lui-même il n’est destiné à aucune utilisation, et n’a pas le statut d’un ustensile.

2. Des pierres (même si elles pourraient être utilisées comme couvercle), du sable, des sas de ciment, des poutres et des briques réservées à la construction, des pièces de monnaie ou des billets font partie de cette catégorie de mouktsé. Il est donc strictement interdit de les déplacer pendant chabbat.

3. Si avant l’entrée du chabbat, on a destiné un objet mouktsé par nature à un usage précis, cet objet est considéré comme un ustensile et il est permis de le déplacer chabbat.

4. Quelle est la durée pour laquelle on doit réserver l’objet afin que le déplacement soit autorisé? Si on réserve un objet à un usage qui n’est pas habituel, comme utiliser une pierre comme couvercle ou toute autre fonction non commune pour une pierre, il faut réserver la pierre à cet usage pour une durée illimitée. Mais si on la réserve seulement pour un chabbat, cela ne suffit pas à changer son statut, et il sera interdit de la déplacer.

5. En revanche, si on destine un objet mouktsé par nature à un usage habituel et autorisé par exemple par exemple si l’on veut réserver une pierre pour caler une porte ouverte afin qu’elle ne claque pas sous l’effet du vent, on n’a pas besoin de la consacrer à cet usage pour une durée illimitée, mais il suffit de la réserver pour un seul chabbat pour qu’elle ne soit plus mouktsé.N.B.: Dans tous les cas précédents où l’on parle de réserver un objet mouktsé par nature, la pensée seule est suffisante, et il n’est pas nécessaire de le dire explicitement.

6. Dans l’hypothèse où il suffit de réserver l’objet pour un chabbat uniquement (cf. paragraphe 5), un acte qui n’est pas accompagné par une pensée suffit également. Cela signifie que si on a utilisé un objet la veille de chabbat pour un usage habituel, même si on n’a pas pensé explicitement utiliser cet objet pendant chabbat, il ne sera pas mouktsé. Ainsi, si on a placé une pierre pour caler une porte la veille de chabbat on sera autorisé à la déplacer pendant chabbat même si on n’a pas pensé à la réserver à cet usage pour chabbat.

7. Il est interdit de déplacer pendant chabbat des aliments destinés à la consommation mais non comestibles en l’état. Ces aliments sont en effet mouktsé par nature. Ainsi il est interdit de déplacer du poisson cru pendant chabbat. Il en est de même pour des amandes amères crues, non comestibles à cause de leur amertume, de la levure, farine, levure chimique etc.

8. Un aliment cru qui normalement n’est pas consommé tel quel, mais qui pourrait être tout de même comestible, est considéré comme tous les aliments, et il est permis de le déplacer pendant chabbat. Ainsi il est autorisé de déplacer le chabbat de la viande crue ou du poulet cru, des blettes ou autres légumes qui se consomment généralement cuits, puisque ces aliments sont comestibles même crus, quoique difficilement.

9. Un aliment qui n’est pas du tout comestible, mais qu’il est possible de rendre propre à la consommation de manière permise le chabbat, n’est pas mouktsé même si en pratique on ne compte pas le rendre consommable ainsi ce chabbat. Aussi de la viande congelée qu’il est impossible de consommer en l’état, s’il y a une possibilité de la décongeler chabbat, n’est pas mouktsé même lorsqu’elle est congelée, parce qu’on peut la rendre apte à la consommation pendant chabbat en la décongelant (cela est valable même si elle est crue, comme on l’a vu dans le paragraphe précédent). Cela reste autorisé même si pour la décongeler il y aurait besoin de la faire tremper dans de l’eau chaude d’un “Kéli chéni” par exemple.

10. De la viande qui ne pourra pas être décongelée pendant chabbat faute de temps suffisant (par exemple si on est dans l’après-midi du samedi, proche du coucher du soleil), reste” mouktsé” par nature et il sera défendu de le déplacer.

11. Lorsqu’on sort certains aliments du congélateur, il convient de prendre garde à ne pas déplacer du poisson cru qui est mouktsé comme cela a été mentionné précédemment. De même on prendra soin de ne pas déplacer de la viande congelée si on n’a pas le temps de la décongeler pendant chabbat, car elle est également mouktsé. Si on doit absolument les déplacer, on pourra le faire avec “chinouï”, c’est-à-dire d’une façon différente de celle qu’on utilise habituellement (cf. paragraphe 14 et suivants).

12. Il est permis de déplacer des aliments non comestibles par des hommes mais qui peuvent être mangés par des animaux ou des oiseaux, domestiques ou non, qui sont présents dans la ville. Et ce même si on n’a pas d’animaux à proximité et qu’il y en a uniquement dans des quartiers plus éloignés. Ainsi il est permis de déplacer des os comestibles par des chiens s’il y a des chiens dans certains quartiers de la ville, même s’il n’y en a pas à proximité.

13. Il est interdit de déplacer des os très durs, des noyaux d’olives, de pêches ou de prunes, et autres pépins qui ne sont pas comestibles par les animaux de l’endroit, puisque ces aliments sont “mouktsé “par nature de la même manière que les pierres. Cependant, si un peu de l’aliment est resté attaché au noyau ou à l’os, même si on n’a pas l’intention de sucer ce noyau ou cet os pour consommer les résidus d’aliments qui s’y trouvent, on pourra les déplacer pendant chabbat. En effet, les épluchures et noyaux ont le même statut que l’aliment tant qu’ils n’en ont pas été entièrement séparés.

14. Il est permis de déplacer les débris d’un objet mouktsé qui s’est cassé s’ils se trouvent dans un endroit où ils présentent un danger. Tel est le cas par exemple d’un ustensile en verre qui s’est cassé à table, ou dans un endroit où marchent des passants. En effet, en cas de danger ou de risque de blessure nos Sages ont autorisé de déplacer un mouktsé.

15. Il est interdit de déplacer pendant chabbat un animal, domestique ou non, ou un oiseau, même pour l’utiliser ou utiliser leur emplacement. Ils sont en effet considérés mouktsé par nature. Cet interdit reste également valable pour des oiseaux d’apparat ou que l’on élève par distraction.

16. Il est donc défendu de déplacer pendant chabbat une cage où se trouvent des perroquets ou canaris. Il en est de même concernant un aquarium avec des poissons, même des poissons d’agrément. En revanche, il est permis de déposer devant eux de la nourriture et si on doit les faire manger directement avec notre main, on peut les nourrir de cette façon, à la condition toutefois de ne pas les déplacer. (Précisons que nos Sages ont permis de nourrir des animaux du type de ceux que l’on vient de mentionner, que s’ils ne peuvent se procurer de la nourriture par leurs propres moyens. Dans ce cas on est obligé de pourvoir à leur nourriture. Il est cependant interdit de nourrir des animaux errants, ou qui nous appartiennent mais peuvent se débrouiller de la nourriture par leurs propres moyens).

17. Les jouets ne sont pas considérés comme des ustensiles puisqu’ils ne sont pas faits pour être "utilisés" mais pour jouer. Ainsi, il est interdit de déplacer des jouets le chabbat même pour les utiliser ou pour utiliser leur emplacement. Ils appartiennent en effet à la catégorie des objets mouktsé par nature. Certains décisionnaires l’autorisent. En pratique, il convient d’être tolérants envers les enfants jusqu’à leur majorité religieuse (“Bar Mitsva”) et les autoriser à utiliser des jouets pendant chabbat (sauf ceux qui marchent à l’électricité, évidemment) et à les déplacer à leur guise. Par contre, passé l’âge de la “Bar-mitsva” il faut les empêcher de jouer ou même de déplacer des jouets. Quant aux femmes qui jouent avec leurs enfants à toutes sortes de jeux pendant chabbat, on ne leur fera aucun reproche.

18. Tous les décisionnaires permettent néanmoins de déplacer des jouets réservés à des petits enfants jusqu’à l’âge de deux ans. L’objectif de ces jouets étant de calmer les enfants et les empêcher de pleurer, ils sont alors considérés comme des objets à usage permis le chabbat.

19. De même, selon tous les avis, il est autorisé de déplacer des jouets dont on fait une utilisation réelle, telles des voitures pour enfants sur lesquels les enfants s’assoient et roulent avec. En effet, le fait qu’ils s’assoient sur ces jouets est considéré, sans aucun doute, comme une "utilisation" et ils sont donc équivalents à des objets à usage permis le chabbat.

20. Si des personnes sont assises dans une pièce où se trouve une chose répugnante dont il n’est pas agréable de se trouver à proximité, par exemple du vomi ou des excrément (qu’il s’agisse d’excréments d’hommes ou d’animaux), il est permis de la ramasser et de la jeter aux ordures ou aux toilettes. Bien que ces choses soient mouktsé par nature, nos Sages ont permis de les déplacer par respect de la dignité de l’homme.

21. Si sur une table se sont amoncelés des épluchures et déchets de nourriture à tel point qu’il n’est pas agréable de s’y asseoir, on peut déplacer ces déchets même à la main et les retirer de la table. Cela est valable même si les déchets sont mouktsé, par exemple s’ils ne sont pas comestibles par des animaux. De même il est permis de débarrasser de la table les récipients qui sont sales et où se trouvent des restes de nourriture, et ce même si on n’a pas besoin de leur emplacement. Cette règle s’applique pour tous les exemples similaires.

22. Si un bébé a fait ses besoins dans un pot et que ce dernier se trouve dans une pièce où sont assis des gens, on peut le transporter et le vider aux toilettes. Cependant s’il est propre il est interdit de le déplacer pour faire de l’ordre dans la maison car il relève du statut d’un objet à usage interdit, que l’on peut déplacer uniquement pour s’en servir ou pour utiliser son emplacement.

23. Il est défendu de déplacer pendant chabbat une poubelle dans laquelle on jette les ordures si des aliments non comestibles par des animaux s’y trouvent également. En revanche si la poubelle est remplie et qu’il n’y a pas d’autres endroits pour jeter les déchets supplémentaires, on pourra transporter la poubelle et jeter le sac dans les ordures communes du bâtiment (à condition, évidemment, qu’il y ait un “érouv” valable qui permette de faire sortir des objets de la maison). Selon l’avis du Roch Yéchiva Rav Méir Mazouz, une poubelle dans laquelle se trouvent entre autre des aliments comestibles par des animaux peut être déplacée sans aucun problème.

24. La même règle s’applique si la poubelle n’est pas entièrement remplie mais qu’une odeur désagréable s’en dégage et cause un désagrément. On peut dans ce cas la vider et jeter le sac dans les poubelles communes.

25. Une poubelle dont on a vidé le contenu dans la poubelle commune pourra être ramenée vide à la maison.

Partie 5. Les objets mouktsé à cause d’un interdit

1. Il est défendu de déplacer le chabbat tout objet qu’il était interdit de déplacer à l’entrée du chabbat et pendant le crépuscule (c’est-à-dire de l’heure du coucher du soleil à la sortie des étoiles), même si la cause qui donnait le caractère mouktsé à cet objet à l’entrée du chabbat a disparu à présent. On nomme cette catégorie mouktsé à cause d’un interdit".

> Exemples

2. Des fruits qui sont tombés d’un arbre au cours du chabbat sont mouktsé et il est interdit de les déplacer. En effet, puisque pendant le crépuscule il était défendu de les déplacer (à cause de l’interdit de cueillir), ils ont le statut de mouktsé pour tout le chabbat.

3. Il est interdit de déplacer un verre dans lequel on a allumé une veilleuse, même après que la flamme se soit éteinte. En effet, le verre était pendant toute la durée du crépuscule le support d’un objet interdit (en l’occurrence la flamme qui est mouktsé), il est donc rendu interdit au déplacement pour tout le chabbat.

4. Cette règle s’applique pour tout objet à usage permis sur lequel était posé à l’entrée du chabbat quelque chose de totalement interdit au déplacement, tel qu’une pierre ou de l’argent, de manière à ce que l’objet permis en soit devenu le support (consulter à ce propos la partie sept). Il sera dans ce cas défendu de le déplacer pendant tout le chabbat, et ce même si la chose interdite a été par la suite retirée, par l’action du vent ou par un petit enfant.

5. Par contre, on peut avoir à l’inverse un objet qu’il était permis de déplacer au crépuscule, puis qui a été rendu interdit au déplacement pendant chabbat, et que la cause qui l’interdisait ait finalement disparu. Tel est le cas par exemple d’une bougie qui a été allumée par un non-juif pendant chabbat, puis qui s’est éteinte. Dans ce cas, tant que la bougie est allumée, on ne peut la déplacer ; mais une fois qu’elle s’est éteinte, il sera permis de la déplacer, car une chose ne peut devenir mouktsé au milieu du chabbat. Cela signifie qu’un objet qui a été rendu momentanément interdit pendant le chabbat, bien qu’à ce moment-là il soit mouktsé et ne peut être déplacé, il n’en restera pas pour autant mouktsé pour tout le chabbat, même après la cause qui l’interdisait ait disparu.

6. Prenons ainsi le cas d’un enfant qui a déposé pendant chabbat un objet interdit sur une chose permise, de telle façon que la chose permise soit devenue le support de l’objet interdit, puis après un certain temps l’objet interdit est tombé, il sera alors autorisé de déplacer la chose permise, bien que pendant une partie du chabbat elle était le support d’un objet interdit et qu’on ne pouvait la déplacer à ce moment-là.

7. Toute chose qui n’est pas utilisable pendant le crépuscule mais qu’il est évident qu’elle va d’elle-même par la suite devenir apte à une utilisation pendant chabbat, ne sera pas considérée mouktsé à cause d’un interdit. Ainsi, si on a déposé sur la plaque chauffante de chabbat un plat non cuit et qu’il était impropre à la consommation au moment du crépuscule, ce dernier ne sera pas pour autant mouktsé à cause d’un interdit, puisqu’il est clair qu’il va cuire peu à peu pendant chabbat jusqu’à être comestible. (Remarque: ce qui vient d’être dit concerne uniquement les choses que l’on n’est pas intéressé à voir demeurer dans leur état actuel, c’est-à-dire hors d’usage, comme l’aliment cru dont on désire la cuisson. Par contre une veilleuse qu’on a allumée en l’honneur du chabbat, on désire qu’elle demeure allumée toute la durée du crépuscule au moins. Ainsi, même s’il est certain que la flamme s’éteindra d’elle-même à un moment donné, le verre ou le bougeoir dans lequel elle a été allumée est malgré tout mouktsé à cause d’un interdit, et il est donc défendu de la déplacer pendant tout le chabbat). De même une chose qui n’est pas comestible ou utilisable pendant le crépuscule, mais qu’il est en notre pouvoir de la rendre apte pendant chabbat, n’est pas considérée mouktsé à cause d’un interdit. Ainsi, de la viande congelée au moment du crépuscule (donc impropre à la consommation) n’est pas mouktsé à cause d’un interdit, puisqu’on peut la décongeler (dans de l’eau chaude d’un “Kéli chéni”) et la rendre comestible pendant chabbat.

8. Des vêtements lavés la veille de chabbat, qui au moment du crépuscule étaient encore mouillés à un point qu’il était strictement impossible de les porter, et qui ont séché ensuite pendant chabbat, pourront être ensuite déplacés à la condition que l’on soit en été. En effet, puisqu’il est alors certain qu’ils sècheront au cours du chabbat par l’action du vent et du soleil, et qu’on désire qu’ils sèchent et non qu’ils demeurent mouillés, ils ne deviennent pas mouktsé. En tout état de cause, il est interdit de les déplacer lorsqu’ils sont mouillés par crainte d’en arriver à les essorer. En cas de besoin, le déplacement pourra être opéré par deux personnes à la fois même si le linge est mouillé, puisqu’elles pourront se rappeler mutuellement l’interdiction d’essorer.

9. Lorsqu’on a mis au sèche-linge du linge mouillé, un fois le sèche-linge éteint, il est permis d’en retirer les vêtements pendant chabbat [si l’ouverture de la porte ne déclenche aucune action électronique].

10. Si on a oublié d’éteindre la lumière du réfrigérateur et que quelqu’un en a ouvert la porte par erreur, les aliments qui s’y trouvent ne sont pas devenus mouktsé. En effet, bien qu’au crépuscule, il était pout nous interdit d’ouvrir le réfrigérateur, on aurait pu avoir recours à des moyens autorisés pour le faire, par exemple par un non-juif, et donc on n’a pas renoncé dans notre esprit à toute la nourriture qui se trouve au réfrigérateur.

Partie 6. Diverses règles se rapportant à l’interdiction de mouktsé

> Déplacement d’un objet mouktsé que l’on a saisi de façon permise

1. Un objet mouktsé que l’on a saisi de façon autorisée pendant chabbat, tant qu’on le tient encore en mains on peut le transporter et le déposer à l’endroit de son choix. En effet, à partir du moment où l’on saisit l’objet et jusqu’à qu’on le repose, on considère qu’il s’agit comme un seul et unique déplacement, et puisque le déplacement a commencé de façon permise, il reste dans sa permission jusqu’à ce qu’on lâche l’objet.

> Exemples

2. Par conséquent, si on a saisi un objet à usage interdit pendant chabbat pour s’en servir de façon autorisée ou pour utiliser son emplacement, même lorsqu’on a fini de s’en servir ou qu’on l’a retiré de l’endroit dont on avait besoin, il n’est pas nécessaire de le lâcher immédiatement, de là où on se trouve. Tant qu’il est encore entre les mains, il est permis de le transporter et le déposer comme bon lui semble. Certains décisionnaires pensent toutefois qu’il convient de prendre garde à ne pas faire passer l’objet d’une main à une autre mais plutôt le garder dans la main qui l’a saisi initialement, jusqu’à ce qu’on le pose à l’endroit désiré ; d’autres l’autorisent. Mais selon tous, il est interdit de faire passer l’objet à une autre personne.

3. Il en est de même si on prend chabbat un fruit dans la main pour le manger et qu’il reste en main le noyau, ou si on casse des noix ou des amandes pour en consommer les fruits et que les écorces nous restent en main ; dans ces cas-là, bien que les noyaux et écorces ne soient pas comestibles par des animaux et sont donc mouktsé, il n’est pas nécessaire de les jeter de notre main immédiatement. On peut les garder dans la main et les transporter jusqu’à la poubelle pour les jeter, même si elle se trouve dans une autre pièce.

4. Certains pensent que si on mange des olives ou des dattes et qu’il reste le noyau dans la bouche sans aucun reste de fruit dessus, il est interdit de faire sortir le noyau de sa bouche avec la main. On devra plutôt le jeter directement de la bouche à la poubelle ou dans une assiette. D’autres permettent néanmoins de faire retirer le noyau de la bouche avec la main.

5. Si, par oubli ou par mégarde, on a saisi dans sa main un objet mouktsé alors que c’était interdit, certains décisionnaires assimilent cela à un objet pris avec permission ; selon eux, il est donc permis de le déplacer et le déposer où bon nous semble, tant que l’objet est encore dans nos mains (et ce, parce qu’on a cru faussement qu’il était permis de prendre cet objet). D’autres ne suivent pas cette opinion et l’interdisent. On pourra se montrer tolérant en cas de risque de perte, ou pour les besoins d’une mitsva. Ainsi, si on a sorti par erreur son “Loulav” de l’eau pendant chabbat ou les jours de fête (de “Souccot”), on peut le remettre dans l’eau tant qu’on ne l’a pas lâché des mains.

> Déplacer un objet mouktsé par une de ses extrémités

6. Il est interdit de déplacer un objet mouktsé même en ne tenant qu’une de ses extrémités. Ainsi il est défendu de balancer un objet mouktsé ou d’en soulever une partie, même si on ne le déplace pas entièrement. C’est la raison pour laquelle il est interdit de bouger chabbat un membre du corps d’un défunt bien que l’on ne déplace pas le corps dans son intégralité.

7. Ce qui vient d’être énoncé concerne uniquement les objets mouktsé que l’on a l’habitude de déplacer dans leur intégralité. Par contre, un mouktsé qu’on ne peut ou qu’on n’a pas l’usage de déplacer en entier (comme un animal de grosse taille), pourra être déplacé partiellement.

8. Par conséquent, il est permis de conduire un animal par une laisse attachée à un collier, bien qu’il soit inévitable que l’on fasse bouger le cou de l’animal en tirant. On peut autoriser cela même pour des animaux de petite taille, puisqu’on n’a pas l’habitude de porter un animal par sa laisse.

9. On peut également déplacer par une extrémité un objet mouktsé qu’il est impossible de déplacer entièrement parce qu’une de ses extrémités est fixée à un mur ou au sol. Ainsi il est permis de saisir des herbes ou des fleurs pendant chabbat qui sont encore liées au sol afin de sentir leur odeur, à condition de veiller à ne pas les arracher.

> Toucher un objet mouktsé

10. Il est autorisé de toucher un objet mouktsé le chabbat à la condition de ne pas le déplacer par-là, même partiellement. Cependant, si on le fait pour les besoins de cet objet mouktsé, même le simple acte de toucher sera interdit, que ce soit directement ou par l’intermédiaire d’un autre objet. Ainsi, si on utilise un récipient pour recouvrir un objet mouktsé pour ne pas qu’il ne s’abîme, on doit prendre garde à ne pas toucher du tout l’objet défendu même indirectement avec le récipient. Certains décisionnaires permettent de toucher l’objet mouktsé même dans l’intérêt de cet objet, à condition de ne pas le déplacer en le touchant. Notre maître le Richone létsiyone Rav ’Ovadia Yossef est de cet avis.

11. Il est permis d’utiliser le chabbat un objet mouktsé de l’endroit où il se trouve, comme par exemple déposer sur lui des objets. Ce sera permis même si cela va faire vaciller l’objet mouktsé, car un déplacement de façon indirecte (c’est-à-dire sans toucher le mouktsé directement avec la main mais en le déplaçant par l’intermédiaire d’autre chose) dans l’intérêt d’une chose permise est autorisé.

12. De même est-il permis le chabbat de s’asseoir sur un objet mouktsé tant qu’il demeure à la même place, même si l’objet vacille par-là. En effet, on ne le fait pas bouger dans ce cas avec les mains mais par l’intermédiaire de notre corps. Or, il est permis de déplacer un objet mouktsé avec le corps même dans l’intérêt de l’objet interdit ; à plus forte raison est-ce autorisé dans l’intérêt d’une chose permise.

13. D’après ce qui vient d’être énoncé, il est permis de s’asseoir sur le capot d’une voiture le chabbat même si elle est légèrement secouée en conséquence. Cependant s’il y a un risque que l’alarme se déclenche, il faudra évidemment s’en abstenir.

> Déplacement d’un objet mouktsé de manière inhabituelle

14. On a le droit de déplacer un objet mouktsé le chabbat par l’intermédiaire d’un autre objet permis: C’est ce que l’on appelle un "déplacement de façon indirecte", c’est-à-dire d’une manière quelque peu différente de la normale. Cependant puisqu’il ne s’agit pas vraiment d’un changement radical dans la manière de le déplacer (puisqu’on déplace finalement le mouktsé par l’action indirecte de ses mains), nos Sages ont autorisé un tel déplacement uniquement si c’est dans l’intérêt d’une chose permise. C’est le cas par exemple si on veut utiliser l’emplacement où se trouvait le mouktsé et que l’on déplace alors l’objet interdit indirectement, par l’intermédiaire d’un objet permis. Par contre, si on le fait dans l’intérêt de l’objet mouktsé, cela est interdit.

15. En revanche, il est permis de déplacer un objet mouktsé si on ne le fait pas par l’action de ses mains mais par l’intermédiaire d’un de ses membres qui n’est pas normalement utilisé à cet effet, ou bien en soufflant dessus. C’est ce que l’on nomme un "déplacement avec son corps", et cela est autorisé cette fois même si on déplace l’objet mouktsé dans l’intérêt de cet objet, comme pour ne pas qu’il se casse ou s’abîme. Nos Sages ont autorisé cela puisque le déplacement s’opère par un changement majeur par rapport à la façon dont on le fait le reste de la semaine, en l’occurrence en n’utilisant pas du tout ses mains.

> Exemples

16. Il est permis de pousser avec son pied une pièce d’argent le chabbat, même si on n’a pas besoin de son emplacement et que l’on craint simplement qu’elle ne se perde si elle demeure là où elle se trouve. En effet, comme on l’a dit, le déplacement à l’aide de son corps est autorisé même dans l’intérêt de l’objet mouktsé.

17. Il est permis pendant chabbat de débarrasser de la table des épluchures et des os qui ne sont pas comestibles par des animaux, en les poussant avec un couteau ou une fourchette, si l’on a besoin d’une table propre afin de pouvoir l’utiliser. Cependant, on ne doit pas les déplacer à l’aide d’un torchon avec lequel on débarrasse habituellement la table des déchets et miettes qui s’y trouvent, puisqu’il est destiné à cet usage et que l’on déplacerait alors un objet mouktsé de façon habituelle. En tout état de cause, si les déchets sont répugnants pour les convives attablés, on peut les déplacer, et ce même avec sa main.

18. Il est interdit de balayer des épluchures non comestibles par des animaux, puisqu’il est d’usage d’employer un balai à cet effet. On déplacerait alors un objet mouktsé de façon habituelle. Cependant certains décisionnaires l’autorisent et ceux qui sont tolérants et reposent sur cette permission ont sur qui s’appuyer. A nouveau, si cela est tel que les personnes présentes en sont indisposées, on peut les déplacer même avec la main.

19. Il est interdit (à un adulte) de pousser un ballon de football avec le pied. En effet, puisqu’il s’agit de la façon normale de le déplacer lorsque l’on joue au football, cela ne constitue pas un déplacement inhabituel et c’est donc défendu.

20. Il est défendu de porter un enfant qui tient en main un objet mouktsé, tant que l’objet se trouve entre ses mains. Cela n’est pas considéré comme un déplacement indirect du mouktsé, mais c’est un déplacement en bonne et due forme, l’enfant tenant le mouktsé dans ses mains comme à son habitude.

Partie 7. Le support d’un objet interdit

1. Il s’agit d’un objet qu’il est permis de déplacer, qu’il soit un objet à usage permis ou à usage interdit (que l’on peut déplacer pour s’en servir ou pour utiliser son emplacement), sur lequel est posé un objet mouktsé strictement interdit au déplacement (comme mouktsé par crainte d’une perte de sa valeur ou mouktsé par nature). Dans ce cas, l’objet autorisé qui sert de support devient lui aussi strictement interdit, tout comme l’objet qui est au-dessus de lui. On parle alors de "support d’un objet interdit", l’objet permis faisant office de siège et support de l’objet mouktsé se trouvant sur lui, et prenant son statut.

2. Si l’objet interdit a été déposé sur la chose permise de manière involontaire, cette dernière n’est pas considérée comme le support de l’objet interdit. Tel est le cas par exemple si on avait un objet mouktsé dans la main et qu’on l’ait jeté, et que l’objet ait atterrit fortuitement sur une chose permise: la chose permise ne devient pas le support du mouktsé. De même, si avant chabbat on a déposé l’objet interdit sur la chose permise même volontairement, mais sans penser explicitement à l’y laisser durant le chabbat, l’objet permis ne devient pas support au mouktsé, et il sera autorisé de le déplacer de la manière explicitée dans les paragraphes ci-après (paragraphes 8 à 10).

3. Cependant, un objet sur lequel il est courant de placer du mouktsé devient support du mouktsé même si on a y déposé le mouktsé sans penser explicitement à ce qu’il y reste à l’entrée du chabbat. Ainsi, même si en introduisant de l’argent dans un porte-monnaie on n’a pas pensé explicitement à ce qu’il y reste pour chabbat, le porte-monnaie devient malgré tout le support de l’objet interdit si on n’a pas retiré l’argent avant chabbat, puisqu’il est d’usage d’y déposer de l’argent.

4. L’objet permis ne devient support de l’objet interdit que si ce dernier a une certaine importance. Dans le cas contraire, l’objet permis ne sera pas considéré comme le support du mouktsé. C’est le cas par exemple du vin qui reste dans le verre duquel a bu un non-juif (qui est interdit à la consommation, donc mouktsé), ou d’os et épluchures qui ne sont pas comestibles par des animaux et qui sont bons à être jetés. (Certains sont cependant plus stricts, cf. paragraphe ci-dessous.)

5. Une poubelle de table dans laquelle on a déposé les os et autres déchets non comestibles par des animaux, ne devient pas support de ce mouktsé. (Les déchets uniquement seront donc mouktsé). Par conséquent, si on a besoin de l’emplacement du plat, ou si l’on est installé à table et que l’on veut avoir une table propre et il n’est donc pas possible de secouer les déchets sur place, on peut alors déplacer l’assiette avec les déchets mouktsé qui s’y trouvent, en accord avec ce qui a été vu au paragraphe 14 de la partie six (déplacement inhabituel dans un intérêt permis). Certains sont cependant plus stricts et pensent que le plat devient le support des déchets qu’il contient. Il est donc interdit selon eux de déplacer ce plat, sauf si on y dépose également un objet permis. En tout état de cause, si c’est un plat jetable ou un sac en plastique qu’on a l’intention de jeter avec les déchets à la poubelle, tous les décisionnaires s’accordent à dire que le plat ou le sac devient dans ce cas support du mouktsé comme nous le verrons plus loin (partie huit, paragraphe 5).

6. Un objet sur lequel sont déposées deux choses, l’une qu’il est permis de déplacer et l’autre interdit, si la chose permise a plus de valeur aux yeux du propriétaire que le mouktsé, alors l’objet du dessous ne devient pas support de l’objet interdit et il est permis de le déplacer. Cependant, si l’objet mouktsé est plus important pour lui que la chose permise, l’objet du dessous deviendra interdit en tant que support d’un objet mouktsé, et on ne pourra le déplacer.

7. Une chose permise qui était le support d’un objet mouktsé au crépuscule de l’entrée du chabbat devient mouktsé pour tout le chabbat. Ainsi, même si on a retiré (volontairement ou non) le mouktsé qui était placé sur le support, ce dernier restera mouktsé pour tout le chabbat. Par contre, si la chose permise n’est devenue support qu’après l’entrée du chabbat, puis l’objet mouktsé qui était déposé a été enlevé involontairement, l’objet permis n’est plus considéré comme un support et on pourra le déplacer.

8. Nous avons énoncé précédemment (cf. partie six paragraphe 14) la règle selon laquelle on ne peut déplacer un objet mouktsé par un intermédiaire (déplacement indirect) que si c’est dans un intérêt permis. Ainsi même dans les cas où l’objet permis du dessous n’est pas considéré comme le support du mouktsé, on ne pourra pas le déplacer librement avec l’objet mouktsé posé dessus. En effet, le déplacement de l’objet mouktsé lui-même n’est pas fait dans l’intérêt d’une chose permise. C’est pourquoi, avant de déplacer l’objet permis, on devra faire tomber le mouktsé qui se trouve au-dessus en penchant ou secouant l’objet permis, puis on pourra utiliser ce dernier librement.

9. Cependant, dans certains cas, il n’est pas possible de faire tomber le mouktsé, comme dans le cas où des objets en verre se trouvent à proximité et que l’on craint de les briser, ou que le mouktsé risque de s’abîmer en tombant, ou encore si on a besoin de cet emplacement. Dans tous ces cas, il est autorisé de déplacer la chose permise avec l’objet mouktsé posé dessus, et la déposer à l’endroit de son choix.

10. Tout ce qui vient d’être énoncé concernant le déplacement d’un objet permis n’est valable que si on a besoin de cet objet. En revanche, si on craint simplement que l’objet mouktsé ne s’abîme s’il demeure en place, il est interdit ne serait-ce que de le faire simplement tomber, puisqu’on déplacerait alors un objet mouktsé dans l’intérêt de cet objet. A plus forte raison est-il interdit dans ce cas de déplacer l’objet permis avec le mouktsé au-dessus. Cependant, on pourra déplacer l’objet mouktsé avec le coude par exemple, puisqu’un déplacement à l’aide de son corps est autorisé même dans l’intérêt de l’objet interdit.

Partie 8. Rendre un objet inutilisable

1. Il est interdit de déposer ou de faire tomber un objet interdit au déplacement le chabbat (même si on l’a saisi de façon permise) sur un objet qu’il est permis de déplacer, car par là-même l’objet permis devient interdit au déplacement, en tant que support de l’objet mouktsé. Par notre action, un objet permis au déplacement devient interdit à déplacer, et on le prive de l’usage qu’il aurait été à même d’avoir.

2. Par conséquent, il est interdit de mettre le chabbat un récipient sous une poule qui s’apprête àééplacement. Dans le même ordre d’idée, il est défendu de placer le chabbat un ustensile pour recueillir l’eau qui coule d’un climatiseur. En effet, cette eau est mouktsé puisqu’elle est nouvellement créée pendant chabbat (“Nolad”), et en tombant dans le récipient elle le rend interdit au déplacement.

3. Certains décisionnaires pensent qu’une assiette dans laquelle se trouvent des déchets devient support de ces épluchures. Selon eux, il est donc interdit de déposer des épluchures non comestibles par des animaux (telles des écorces de noix ou d’amandes) dans une assiette vide, puisqu’on rend alors l’assiette inutilisable. Il sera cependant possible de le faire en déposant auparavant un objet permis comme une cuillère, une fourchette ou un morceau de pain, puisqu’alors l’assiette ne devient pas le support des déchets, l’objet permis étant plus important que ces déchets. Cependant, la majorité des “Richonim” sont d’avis qu’une assiette où se trouvent des déchets ne devient pas le support de ces derniers (comme cela a été énoncé précédemment dans la partie sept paragraphe 5, excepté dans le cas d’une assiette jetable). Selon eux, si on mange des amandes ou des noix pendant chabbat et qu’on a gardé les coques en main, on aura donc le droit de les déposer sur une assiette vide qui est devant soi.

4. Même selon les décisionnaires plus tolérants mentionnés dans le paragraphe précédent qui pensent que l’assiette ne devient pas le support des déchets, il convient malgré cela de prendre garde de ne pas déplacer l’assiette avec les déchets qui s’y trouvent (même si on en a besoin), puisque ces déchets sont eux-mêmes mouktsé. C’est seulement si on a besoin de l’emplacement de l’assiette, ou si l’assiette se trouve là où des gens sont assis et que l’on veut que l’endroit soit propre, que l’on sera alors autorisé à déplacer l’assiette avec les déchets et la mettre autre part. Par conséquent, il est préférable de toujours veiller à placer dans l’assiette un couvert ou un morceau de pain, afin que les déchets, qui n’ont pas de valeur, soient "annulés" par rapport à ce pain ou cet ustensile, et il sera alors permis de déplacer l’assiette avec les déchets dans tous les cas. (Certains pensent que si on place un morceau de pain, il faut qu’il y ait au minimum un kazaïte, c’est-à-dire 26 cm3, en un seul morceau. En effet, si le morceau est plus petit, les déchets ne sont pas insignifiants par rapport au pain. D’autres disent que ce n’est pas nécessaire et que même un morceau plus petit suffit. Il est donc préférable de déposer une cuillère ou une fourchette afin de s’éloigner du doute).

5. Tous les décisionnaires sont unanimes pour interdire de placer des déchets non comestibles par des animaux dans une assiette en plastique ou un sac en plastique vide que l’on jettera aux ordures avec les déchets, car on aura rendu par-là l’ustensile inutilisable à tout jamais.

6. Certains interdisent de jeter des épluchures non comestibles par des animaux dans une poubelle vide puisqu’on la rend ainsi inutilisable. Ainsi, il convient d’y placer un ustensile quelconque, une pelle par exemple, et ensuite on pourra y jeter les déchets. On peut également prendre soin de jeter avant chabbat dans la poubelle un déchet non comestible par les animaux. Dans ce cas en effet, on rendra la poubelle inutilisable depuis avant l’entrée du chabbat, et il sera permis d’y jeter n’importe quel déchet pendant chabbat. D’autres décisionnaires permettent de jeter en toutes circonstances des épluchures mouktsé à la poubelle. Telle est l’opinion de notre maître le Richone létsiyone Rav ’Ovadia Yossef.

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