Tikoun ‘hatsot (les supplications de la mi-nuit)

1. Marane Rabbi Yossef Karo écrit dans le Choul’hane ’Aroukh: il convient que toute personne dotée de crainte du Ciel s’afflige sur la destruction du second temple. Notre maitre le Arizal a établi une compilation de prières selon la Kabbalah ; c’est ce qu’on appelle le Tikoun ‘hatsot. Le moment pour le réciter est de la mi-nuit jusqu’à l’aube.

2. Si quelqu’un est réveillé après la mi-nuit et ne dispose que de peu de temps, et qu’il hésite entre réciter le Tikoun ‘hatsot ou étudier, le “Tikoun ‘hatsot “a la préséance. De même, pendant la période des “Seli’hote”, on donnera la priorité à la récitation du “Tikoun ‘hatsot “même aux dépens des “Seli’hote “car le premier revêt une plus grande importance”.

3. Le Tikoun ‘hatsot est composé de deux parties:

le “Tikoun Ra’hel” et le” Tikoun Léa” (cette dénomination n’est pas fondée sur nos Mères” Ra’hel “et” Léa”, mais d’après les concepts mystiques qui ont donné leur nom aux Matriarches).

En règle générale on lit ces deux parties, excepté certains jours particuliers où l’on récite uniquement le “Tikoun Léa”: les jours de” Roch ’Hodèche” (dès que le “molad” est passé, même si on a récité le Ta’hanoune ce jour-là) ; toute la période du “’Omer” ; les dix jours de pénitence ; les jours de “’Hol Hammoèd” (demi-fêtes) de “Souccot” ; l’année de la Chémita (année sabbatique) si on se trouve en Israël ; tous les jours où l’on ne dit pas Ta’hanoune ; dans la maison des jeunes mariés ou dans celle de l’endeuillé ; la veille d’une circoncision, pour le père du nouveau-né, le Sandaq, et le Mohel (les assistants, eux, devront réciter le “Tikoun ’Haçot” en entier).Une fois par an, on récite uniquement le “Tikoun Ra’hel”: “la nuit du jeûne du neuf Av.

4. Durant la période des trois semaines séparant le jeûne du dix-sept Tamouz de celui du neuf Av (même pendant l’année de la Chémita), on récite également le “Tikoun Ra’heldurant la journée, entre la mi-journée et le coucher du soleil.

5. Voici les jours durant lesquels on ne récite aucune partie du “Tikoun ’Haçot”: les veilles de chabbat et de fêtes, les jours de “’Hol Hammoèd” (demi-fêtes) de Péssa’h, Roch Hachanna et Yom Kippour.

6. Avant de réciter le “Tikoun ‘hatsot”, on s’assoit par terre, à l’entrée de la pièce, du côté de la Mezouza (il vaut mieux ne pas s’asseoir directement par terre, mais plutôt sur un tissu ou un coussin).

Il est bon de laisser la porte ouverte.

On enlève ses chaussures pour s’asseoir déchaussé, la tête baissée.

On commence par réciter “’Al naharot bavel”, en s’efforçant de pleurer sur la destruction du Temple.

On poursuit avec le psaume “Mizmor Léassaf “, en s’affligeant sur la mort des Justes.

Ensuite on achève le “Tikoun Ra’hel” et le “Tikoun Léa”, tel que cela figure dans les livres de prières.

Quant au psaume “Bévo élav natane hannavi” à la fin du “Tikoun Léa”, on doit le réciter d’une voix suppliante et en pleurs, en demandant pardon à “Hachem “pour ses fautes.

Les jours où on ne dit pas le “Tikoun Ra’hel”, il n’est pas nécessaire de s’asseoir par terre, et on pourra réciter le “Tikoun Léa” assis normalement.

7. On a l’habitude de réciter le Vidouï avant le Tikoun ‘hatsot. Par contre, celui qui n’a pas dormi après avoir dit le “Vidouï dans la prière du coucher, ou qui récite le Tikoun ‘hatsot juste avant de se rendre aux” Seli’hote”, ne récitera pas à nouveau le “Vidouï “avant le “Tikoun ‘hatsot”.

8. Entre les psaumes “Odé A-donaï” et “Lamenatséa’h mizmor lédavid”, on intercalera les versets “No’a tanou’a érèç”, et “vehaya bayyome hahou”, comme le mentionnent les anciens rituels de prières. (Ces versets ont été supprimés dans les livres de prières contemporains, mais nous les avons rétablis dans le “siddour Ich Matsliah”).

9. Après avoir terminé le “Tikoun ‘hatsot”, il est bon de lire le premier chapitre du traité “Tamid” (comme cela figure dans notre siddour). On poursuit avec la “Peti’hate Eliyahou”.

10. Celui qui n’a pas eu le temps de conclure le Tikoun ‘hatsot avant l’aube peut terminer le “Tikoun Léa “dans les cinq minutes suivant l’aube. Par contre, il n’est pas possible de réciter le “Tikoun Ra’hel” après l’aube.

11. Un homme vint exposer son problème au Ben Ich ’Haï: il ne parvenait pas à s’affliger sur la destruction du Temple, ni avoir aucune intention requise (comme mentionné dans le paragraphe 6).

Pire encore, lorsqu’il lisait le Tikoun ‘hatsot, son esprit était distrait par toutes sortes de pensées, et il ne prêtait guère attention aux mots qu’il prononçait. Il en était venu à la conclusion qu’il était préférable de ne pas réciter le Tikoun ‘hatsot du tout. Le Maître lui répondit que cette logique, en apparence justifiée, était en réalité un stratagème du mauvais penchant ; ce dernier, tel le cochon qui montre ses sabots pour faire croire qu’il est cachère, a pour seul but de détourner l’homme du service divin, à l’aide d’arguments fallacieux. Il est évident qu’on est tenu de s’efforcer de ressentir de l’affliction pour la destruction du Temple et la mort des Justes, mais le fait de ne pas y parvenir n’est pas une raison suffisante pour se dispenser de réciter le Tikoun ‘hatsot, puisque le principal dans les mitsvot est leur accomplissement pratique.

>> Le Tikoun ‘hatsot de notre maître le Rachach

- Le saint kabbaliste Rabbi Chalome Char’abi, de mémoire bénie, prenait soin de réciter toutes les nuits le Tikoun ‘hatsot près du Kotel. Une nuit, alors que le Rav se lamentait devant le Kotel sur la longueur de l’exil, il laissa échapper une plainte amère et perçante, telle qu’elle épouvanta les riverains arabes.

- Ces derniers décidèrent de se venger contre le Rav, et la colère du Mufti était sans bornes. Le lendemain, dans la nuit, le Mufti envoya ses serviteurs se poster en embuscade afin de rouer de coups le Rav, jusqu’à le tuer. Ils se tinrent debout, des deux côtés du chemin, des gourdins à la main.

- Au milieu de la nuit Rav Chalome se dirigea, comme à son habitude, en direction du Kotel, son fidèle serviteur lui ouvrant la route. Presque arrivé à destination, le Chamach aperçut les arabes assoiffés de violence, et fut pris de terreur. Il prévint immédiatement son maître, mais celui-ci le rassura: il n’y avait aucune crainte à avoir. En effet, stupeur! Tandis que le Rav et son Chamach passaient près des voyous, aucun d’entre eux ne parvint à lever la main sur eux, comme s’ils étaient paralysés! Rav Chalome récita le Tikoun ‘hatsot de se manière habituelle et s’en retourna vers la maison d’étude.

- Au petit matin, lorsque les gens se dirigèrent vers le Kotel, la stupéfaction les saisit devant la scène qui s’offrait à leurs yeux: les serviteurs du Mufti et leurs acolytes étaient figés sur place, dans l’impossibilité de faire le moindre mouvement. La nouvelle parvint rapidement au Mufti, qui se rendit alors chez Rav Chalome pour le supplier de pardonner à ses serviteurs, et de les délivrer de l’état dans lequel ils se trouvaient. Rav Chalome accepta d’intercéder en leur faveur, à condition qu’ils ne portent plus jamais atteinte à des juifs se rendant au Kotel pour prier et réciter le Tikoun ‘hatsot, quelque que soit l’heure. Alors seulement, il pria pour eux et ils furent délivrés.

Tefila web